L’agriculture nous tue !

L’agriculture intensive est plus que jamais en débat : productivisme ou qualité ? Il semble impossible de conjuguer les deux. Quand le développement du cancer devient un vrai fléau social de par son développement exponentiel, il est peut-être temps de se pencher sur notre source d’approvisionnement alimentaire : l’agriculture française et européenne. Son rôle son coût, sa responsabilité en matière de sécurité sanitaire.

En apparence, l’agriculture française fournit une nourriture pas chère. Mais, si vous y ajoutez le coût prohibitif des subventions de la politique agricole commune (PAC), qui s’élèvent à 57 Mds € en 2010, le prix de la dépollution des eaux et l’explosion des cancers liée à la malbouffe, la facture de l’agriculture intensive devient très salée… Pour l’eau par exemple, les agriculteurs sont responsables de 70 à 80% des nitrates ou des phosphates présents dans les rivières. Et, pourtant, ils ne paient que 1% des frais de dépollution. Les 99% restants sont payés par les Français.

Si nous nous penchons sur les subventions massives accordées aux agriculteurs, il y a là des instruments qui devraient être au service des citoyens/consommateurs. Il se passe tout le contraire… Prenons l’exemple du maïs. C’est une culture inadaptée à la France parce qu’elle réclame beaucoup d’eau et de soleil. Pourquoi fait-on tant de maïs dans le Sud où l’eau manque? Par le miracle de la prime à l’irrigation qui a représenté 134 M€ en 2005. Mais ce système est à courte vue. La France ne sera jamais assez grande, et les coûts n’y seront jamais assez bas pour se battre à armes égales avec le Brésil, la Russie ou l’Ukraine. C’est une guerre perdue d’avance. Un système absurde qui ne profite qu’aux coopératives géantes et aux très gros agriculteurs.

Les méthodes d’élevages sont aussi à remettre à plat, surtout si l’on observe comment sont nourris les animaux d’élevage. Y a-t-il réellement un risque sanitaire pour les consommateurs ? Oui car les résidus de pesticides qui se retrouvent dans nos assiettes augmentent les risques de cancer. Ensuite, les porcs ou les poulets sont gavés d’antibiotiques. Or, les molécules sont les mêmes pour les humains et pour les bêtes. A force de traitements, on a créé des bactéries super résistantes. Cette résistance aux antibiotiques, c’est chaque année en Europe 25 000 morts. Quand on voit la composition des aliments pour bétail, de nouveaux scandales sanitaires tels que celui la vache folle nous pendent au nez.

Un véritable débat de société et une volonté politique forte de changer le modèle agroalimentaire sont les seuls moteurs du changement. Le Grenelle de l’environnement prévoyait 20% des surfaces cultivées en agriculture bio, nous n’en sommes qu’à 2,8%. Il faut subventionner massivement les exploitations bios et taxer à 40% les produits phytosanitaires au lieu de continuer à injecter toujours plus d’argent dans un système qui nuit à la santé des agriculteurs et à la nôtre. Le mouvement qui porte la vague de la culture biologique est un mouvement de fond. Il doit être relayé par les « politiques » qui seuls peuvent imposer un changement bénéfique à terme aussi bien pour nos agriculteurs que pour nous les consommateurs. Les politiques ne s’engageront que si nous en faisons un enjeu de société. Nous nous devons, chacun, individuellement, d’interroger nos députés et autres élus sur ce sujet. Les lobbies agricoles ainsi que ceux de l’industrie des pesticides et des engrais sont extrêmement actifs. Le combat semble perdu d’avance et pourtant nous ne devons pas attendre que les pouvoirs publics s’intéressent au sujet, il faut les y contraindre !…

3 réflexions au sujet de « L’agriculture nous tue ! »

  1. pourvu que le message soit entendu!
    notre pouvoir politique (même à travers nos élus, eux même coincés entre différenets pressions) reste très limité. Je pense que seul notre pouvoir de consommateur a vraiment du poids. Si nous décidons massivement de consommer tel type de produit plutôt que tel autre, les producteurs industriels s’empresseront de répondre à la demande quitte à changer leur mode de production et de distribution. La demande bio augmente, l’offre bio augmente! le pouvoir à prendre est hélas au supermarché plus qu’au bureau de vote…

  2. Il faut bien un responsable, voir un coupable!

    La grande majorité de nos agriculteurs sont des esclaves de notre société; et le plus honteux c’est le silence médiatique sur la détresse profonde qui touche ce beau métier.

    Il faudra combien de suicides pour que cela évolue ?

    Les subventions ? Effectivement certains savent en profiter (exemple flagrant le très gros producteur de riz en camargue !)

    Qui décide de ces subventions ? Certainement pas les petits agriculteurs miséreux qui ont du mal à joindre les deux bouts; mais des « cols blancs » qui officient dans de « beaux palais » et sont à l’abris des difficultés et de la réalité du terrain!

    Ces décideurs n’ont-ils pas une part importante de responsabilité dans la qualité des produits que l’on mange?

    Avant de vouloir consommer « propre » il faudrait peut être permettre à ceux qui produisent de le pouvoir?

    Je ne vois pas l’intérêt d’un agriculteur à produire des « aliments toxiques ».

    Mais comment ?

    La santé au travers de l’alimentation nécessite des protections au même titre que les médicaments etc …. L’agriculteurs doit être protégé et même surprotégé à mon humble avis par diverses mesures.

    Des mesures simples et efficaces.

    A simple titre d’exemples;
    – instaurer un système de protection « financier » particulier pour les petits agriculteurs (impossibilité de saisie).
    – instaurer un système de type « autoentrepreneur à durée indéterminée » pour ceux qui ne réussissent pas à atteindre un certains niveau. L’abondement complémentaire nécessaire à leur système de protection devant en partie être assuré par les industriels du secteur agroalimentaire et les consommateurs!
    – instaurer des contrôles qualitatifs sur les produits importés, particulièrement rigoureux et si cela ne suffit pas, n’en déplaise à la pensée de certains; instaurer une taxe d’importation.
    – instaurer des « marges arrières » non pas sur les producteurs mais sur les industriels et la grande distribution.

    L’agriculteur doit pouvoir travailler sereinement si l’on veut des produits de qualité.

    L’agriculture ne cesse de perdre des effectifs alors que l’outil n’est pas délocalisable (on peut pas délocaliser nos terres etc …); Est ce qu’une agriculture bien protégée ne pourrait pas venir au secours de cette dérive exponentielle du chômage ?

    Une certaine « oragnisation d’une partie du circuit alimentaire » vers certaines organisations d’utilité publique n’est-elle pas nécessaire ?

    Sujet intéressant, car si demain nous n’avions plus de pain que se passerait-il ?
    Les billets ça se mangent pas!

    Merci pour ce blog.

    1. Beau commentaire qui nous oblige à « attaquer » ce sujet sous un autre angle.
      Oui beaucoup d’agriculteurs sont très éco-responsables, oui, beaucoup d’entre eux sont étranglés par les industriels avec la complicité des banques. Complicité parfois involontaire, certes, mais tout de même les banques ont leur part de responsablité dans l’affaire.
      Je croise pas mal d’agriculteurs, du plus petit centré sur une activité de niche de produit bio jusqu’au gros céréalier tout OGM et engrais à outrance. Oui il y a dans notre région des céréaliers qui exploitent plus de 500 hectares de terre et qui vous disent froidement qu’ils ont un compte d’exploitation comme toute entreprise et que si leur fournisseur de semence leur propose de l’OGM plus rentable, ils prennent! Et pourtant quand vous parlez santé publique avec eux, ils sont conscients des dangers mais ils m’opposent un « ce n’est pas nous les responsables, c’est les gros! » sous entendu les gros de la semence et de sproduits phytosanitaires…
      Pour moi, le monde agricole est une chaîne avec autant de responsables que de maillons; agriculteur, semencier, phyto, gouvernement, europe, consommateur, distributeur… Et plus la chaîne est longue et plus les responsabilités sont diluées, partagées, cachées.
      En attendant des milliers de cancers apparaissent, tuant en premier lieu les agriculteurs et ensuite tous les acteurs de la chaîne… Il y a une morale me direz-vous? Oui mais il me semble tout de même que le gamin de cinq ans atteint d’un glioblastome grade IV est avant tout une victime et que les patrons des groupes inondant le monde de produits dangereux sont bien des assassins….

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


9 + sept =