Le début des Comtés

En 814, le fils de Charlemagne, Louis le Pieux prend le titre d’empereur à la mort de son père.
Guillaume d’Orange, le comte guerrier de Toulouse se retire en 816 dans l’abbaye de Gellone fondée par ses soins et qui prendra son nom : St Guilhem-du-désert. Son lieutenant Begon, époux d’une des filles naturelles généreusement engendrées par Charlemagne, lui succède à la tête du comté. Le fils de Louis le Pieux.
Lors de l’hiver 821-822, tous les fleuves d’Europe, en particulier la Seine, l’Elbe et le Danube furent pris par les glaces pendant plus d’un mois. « Les plus grandes rivières de la Gaule et de la Germanie furent tellement glacées que, pendant l’espace de trente jours et davantage, on y passait par dessus à cheval et avec des charrettes ».

Louis le Pieux meurt en 838, Charles le Chauve fils de Louis et de sa seconde épouse, reçoit l’Aquitaine. En 841, nouvelle incursion musulmane qui fait le siège de Narbonne et retourne en Espagne avec un énorme butin saisi dans toute la région. En 843, Charles le Chauve devient roi de la partie Ouest de l’Empire sous le nom de Charles II. En 849, ce même Charles II, après avoir repris Toulouse à Pépin II, fils de Pépin et roi d’Aquitaine, confie la région à Frédelon, qui lui a livré la ville sans combattre en trahissant Pépin II.

Fils de Fulgaud, missus, ou vicomte, en Rouergue et en pays Nîmois, et de dame Sénégonde, Frédelon serait un descendant direct d’un noble Franc du 6ème siècle, il est nommé « Custos Civitatis » qui veut dire « gardien de la cité ». Son père s’était vu attribuer le Quercy et le Rouergue par le roi Louis le Pieux, sa famille comptait un évêque qui était à Orléans. A cette époque, pour obtenir une telle responsabilité, on ne peut que faire partie de la famille royale…

A sa mort en 852, son frère, Raymond 1er qui est comte de Rouergue et de Quercy est nommé comte de Toulouse. Il est à l’origine de la dynastie des « Raymond » qui régnera quatre siècles durant sur le vaste Languedoc et dont la famille actuelle des Toulouse-Lautrec est issue. D’ailleurs, la famille des Toulouse-Lautrec traversera onze siècles d’histoire avec une descendance masculine ininterrompue sur trente trois générations, elle reste une exception en France de par sa continuité.

En 875, Charles II est couronné Empereur, ses deux frères sont morts. Il perd en même temps son fils unique et ses deux petits enfants et en 877 lorsqu’il meurt, l’Empire se dissout.

Au 9ème siècle, les premières chartes apparaissent dans notre région sur l’initiative de seigneurs locaux imitant en cela un siècle après, Charlemagne. Il nous suffit de lire celle de Donezan en pays de Quérigut pour réaliser à quel point la société roturière est déjà bien structurée:

« Dans chaque village, les chefs de familles, réunis sous la présidence du doyen d’âge, nommaient consul celui qui faisait preuve de grandes vertus. Le consul procédait ensuite à la constitution d’un conseil dans son village.
Les différents consuls du pays choisissaient ensuite parmi eux un président qui était l’interlocuteur du seigneur, il prenait la défense des habitants, exposaitleurs besoins, et le seigneur faisait en retour le serment de respecter la souveraineté du pays en jurant sur les Evangiles. En outre les habitants étaient exempts d’impôts, sauf le payement d’une quote-part due annuellement au seigneur. Ils avaient toute liberté de prendre dans les forêts les bois dont ils avaient besoin et de faire paître leurs troupeaux sur l’étendue des montagnes. Le droit d’asile était inscrit aussi parmi leurs privilèges ; dès qu’ils avaient pénétré sur le territoire du Donezan, les déserteurs, homicides, sacrilèges, incendiaires, insurgés, hérétiques et victimes de quelque vengeance, étaient déclarés inviolables. Tout homme valide devait le service à son seigneur ; il était soldat et devait conserver dans sa maison, ses armes toujours prêtes. L’armée que le seigneur pouvait lever ne sortait du territoire que dans les circonstances les plus calamiteuses
. »

 

Le commerce recommence à se développer bien qu’il n’ait jamais complètement cessé d’exister, malgré les diverses invasions barbares, et l’on voit des marchands, surtout Juifs, sillonner tout l’ancien Empire romain et qui vont même jusqu’en Chine. Ces marchands d’un genre un peu particulier sont, en outre, des pourvoyeurs d’esclaves qui viennent des pays slaves et qu’ils exportent via l’Espagne vers les pays musulmans, qui à cette époque dominent une très grande partie de la partie sud de l’ancien Empire romain. Le commerce local a, lui aussi, toujours existé et les échanges sont très actifs, des marchés se développent partout. On remarque qu’à une demi-journée de marche de tout village, il se trouve un marché afin que les paysans puissent dans la journée faire l’aller et le retour. La preuve d’un dynamisme renaissant. L’Eglise, au concile d’Anse en 994, se souciera d’interdire aux fidèles d’acheter ou de vendre le dimanche, « sinon ce qui doit être mangé dans la journée ».

Faute d’argent, les fonctionnaires royaux étaient payés en terres. Ils devinrent ainsi les plus riches hommes des contrées qu’ils administrent, après les dignitaires ecclésiastiques…

A la fin du 9ème siècle, les titres donnés par le roi des Francs, à titre précaire, deviennent héréditaires… Avant ça le fief « tombait » à la mort du seigneur avant d’être relevé par un proche du roi qui semblait capable et fidèle. En 877, par le capitulaire de Quierzy, il sera établi que le fief du père passera au fils s’il en est digne. C’est le comte de Toulouse Bernard II, fils de Raymond 1er qui fera inclure dans l’énoncé de ses titres, la mention « par la grâce de Dieu », qui confirme le caractère irrévocable et héréditaire de la possession et de la fonction… Le droit féodal est né en Languedoc par cette valeur « d’irrévocabilité »… Il se mettra en place progressivement en deux siècles.

 

 

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