La fin des clans, le début de la normalisation chrétienne…

La mise en place du système féodal, exige l’ordre et la paix, indispensable à sa perpétuation; un prélèvement régulier implique une activité économique stable, il est antinomique des brutalités et razzias qui dérèglent la production et découragent les producteurs. Dans nos régions cet équilibre est atteint vers 1070. Le regroupement du pouvoir s’effectue au profit des seigneurs les plus riches, les plus forts ou les plus chanceux. Les mariages et héritages ont façonné au fil des ans le découpage des fiefs, mais les Comtes de Toulouse ont conservé leur pouvoir de contrôle et d’arbitrage sur ces petits seigneurs…

On commence à trouver de nombreux châteaux de pierres, autour desquels se regroupe l’habitat, qui se rassemble également autour des églises, lieux d’asiles protecteurs en ces temps de contraintes et de violences. Les chateaux de nos régions sont bien plus confortables et bien mieux meublés que ceux du nord. Les fenêtres de ces bâtisses sont souvent fermées par des vitraux verdatres aux formes arondis dits cul de bouteille…

Vers 1020, les Sarrazins tentent à nouveau de débarquer près de Narbonne, ils sont repoussés et on ne les reverra plus…

Mais venons à l’année 1033 qui est officiellement celle de l’anniversaire de la mort de Jésus. 1000 ans déjà… Ces trois dernières années, des conditions atmosphériques anormales et épouvantables semblent se liguer contre les hommes, la famine décime la population, la surpopulation et la culture à outrance ont épuisé la terre. C’est aussi la grande période du millénarisme, que l’on retrouvera autour de l’an 2000 à travers quelques sectes qui prédiront la fin du monde. Les moines prédicateurs expliquent donc, en cette année 1033, la raison des dernières calamités:

« si vous voulez expier vos crimes aux yeux du Seigneur, ne vivez plus comme des bêtes en ignorant le sacrement du mariage. Fondez des familles, quittez vos clans pour vivre seul avec votre femme et vos enfants, ne volez pas, travaillez, payez la dîme….. »

Nous y voilà; payer la dîme, c’est le seul moyen de vivre pour l’église, car elle a peu à peu abandonné les travaux artisanaux et les champs pour devenir contemplative. A cette époque elle évangélise encore des régions « sauvages » et augmente ainsi le nombre de ses fidèles et surtout celui de ses pourvoyeurs de fond. Dans ce prêche on découvre aussi que des communautés d’hommes existent encore en dehors des règles chrétiennes, elles vivent dans une seule et grande habitation quelques fois deux, les femmes ont des enfants sans père bien défini, cela peut être un enfant d’un frère, d’un cousin, de leur propre père, la vie est plus proche de celle d’une tribu préhistorique que d’une famille bien structurée comme le souhaite la morale chrétienne. On retrouve ici des traces de coutumes franques et même gauloises, où la place de la femme est secondaire, où les relations sexuelles sont libres et sans tabous… On peut aussi imaginer que l’on a peut-être à faire à des barbares arrivés depuis deux ou trois siècles et qui ont vécu seuls, loin de la « civilisation ». Les populations pauvres et peu évoluées sont encore nombreuses au 11ème siècle et il est vrai que la christianisation du royaume Franc ne fut totale que vers la fin du 12ème siècle… Et encore, il fallut bien plus de temps pour faire évoluer les mentalités et mettre un terme à des pratiques rituelles ou à des modes de vie condamnées par l’Eglise.

Dans la panique de cette fin du monde annoncée, et des premières disettes, beaucoup de clans existants éclatent donc et des villages nouveaux sous la protection de l’église se créaient. Les sauvetés évoquées plus haut en sont un exemple, au delà de la protection physique qu’elles garantissent, elles font rentrer dans la normalité de l’époque des populations nouvelles et permettent ainsi un enrichissement général. De nouvelles terres sont défrichées, la population croit, l’essor économique est réel…

Au niveau des mentalités, il y aurait beaucoup à dire sur la foi et la pratique religieuse de nos ancêtres. Pour écarter les superstitions et les anciennes croyances pour asseoir le catholicisme, l’Eglise a commencé par intégrer et rhabiller en saints d’anciennes divinités païennes tout en y ajoutant tous les nouveaux saints. Le pays était truffé de reliquaires, de tombeaux sacrés et regorgeait de traditions miraculeuses.

Centre de toute vie intellectuelle, l’Eglise était la valeur universelle tout en étant pleinement intégrée au monde féodal. Cette époque est aussi, celle du rayonnement architectural pour l’Eglise, une soixantaine de cathédrales et plusieurs centaines d’églises sont élevées en même temps. Ce siècle est aussi celui d’un retour au calme, les incursions des barbares cessent, des inventions nouvelles comme celles du moulin à eau, du collier de trait donnent une impulsion réelle à la société rurale. Les villes reprennent une figure urbaine, les échanges commerciaux s’amplifient.

Mais ce siècle marque également le début d’un assainissement de la vie cultuelle dans toute l’Europe chrétienne, ou plutôt une normalisation imposée par les seuls intellectuels d’alors, les clercs… C’est aussi la période des défrichements ; on peut supposer qu’en ce début de second millénaire chrétien, des hommes libres sont allés défricher et assainir la région située à deux kilomètres à l’est de Salvagnac, le long du Tescou, on appellera ce lieu Darmissart, qui vient de lande pour darme et défrichée pour issart, avant de devenir une paroisse  vers 1560: St Gérard d’Armissart aujourd’hui. Terre des ancêtres des Roux Bondigounais depuis la nuit des temps…

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