Le 11ième siècle, le Comté de Toulouse est au plus haut

En 1022, commencent les premières persécutions contre les Cathares apparus d’abord en Albigeois puis à Toulouse. Plusieurs sont brûlés en place publique sur ordre du comte de Toulouse, Guillaume III.

Hiver 1073-1074, des fortes gelées du début de novembre jusqu’au 15 avril sont signalées, accompagnées d’un vent de Nord violent et desséchant.

En 1080, on commence à bâtir la cathédrale de St Sernin, joyau de l’art roman.

C’est aussi à partir du 11ème siècle que l’église profite de la faiblesse des comtes du Languedoc, empêtrés dans des problèmes de successions, de meurtres, de vendetta en fait, pour gagner son autonomie en se dégageant de l’emprise laïque jusqu’à l’emporter sur le pouvoir comtal. A cela s’ajoute le phénomène d’enrichissement de l’église au détriment de la société laïque. L’Eglise s’approprie d’innombrables biens, sa richesse alors immense ne cesse d’augmenter au détriment des propriétaires laïques.

En effet, l’intégrité d’un patrimoine familial est en permanence menacée par les successions et par des donations faites à l’église par des membres d’une famille au seuil de la mort pour s’acheter une bonne conduite ou se faire pardonner les exactions passées, c’est la vogue des indulgences… On fait également des donations pieuses en des occasions telles que l’entrée d’un enfant en religion, que la célébration de la mémoire de parents décédés ou que la fondation d’une église ou d’un monastère. En tant qu’institution, l’église était à l’abri de tous problèmes de succession, elle pouvait donc accumuler des biens à la différence des personnes privées. Une fois que l’église avait obtenu un bien, il y avait peu de chance que celui-ci retourne un jour vers la société laïque…

Des laïcs ont de tout temps tenté de récupérer par la force ou par voie de justice des biens donnés par un des leurs, mais les gens d’Eglise savaient faire des contrats de donation en bonne et due forme au grand dam des plaignants… Cette situation au fil des décennies a eu pour première conséquence d’appauvrir les classes dirigeantes au profit du clergé et de détériorer les relations entre les deux parties. On trouve là une des raisons qui favoriseront l’éclosion du catharisme un siècle plus tard, l’aristocratie espérant profiter de l’aubaine pour récupérer ses biens…

En 1095, Raymond IV, comte de Toulouse et de St Gilles, fils puîné de Pons, est à l’apogée de sa fortune, il est à la tête de treize comtés, Toulouse, Quercy, Rouergue, l’Albigeois, Carcassonne, Narbonne, Agde, Béziers, Nîmes, Uzès, le Gévaudan, Vivies et le Venaissin, il est en plus le suzerain des comtés de Die et de Foix, et il possède des intérêts en Provence. Son domaine est alors bien supérieur à celui du roi des Francs. Il est puissant et respecté.

En début de l’année 1096, la première croisade, pour libérer la terre sainte et Jérusalem des Turcs, est anéantie par les Bulgares et ne sort pas des limites de l’Europe. Seule l’expédition partie par la mer arrive à bon port, Raymond IV, comte de Toulouse, en fait partie, et renforcé d’une nouvelle armée, le 15 Juillet 1099, Jérusalem est prise d’assaut. Il faut noter qu’à cette époque le comte de Toulouse est un personnage de premier plan car la capitale de son immense domaine est une des plus grandes villes d’Europe après Rome…

On remarque à ce moment-là les armes de la famille Comtale; la croix Occitane. Et si l’on n’a trouvé aucune trace de la présence de celle-ci lors des croisades, nous sommes certains qu’elle était déjà utilisée par Raymond VI puisqu’il a lui même fait intégrer sa représentation sur la clef de la première travée de la nef comtale de la cathédrale de St Etienne édifiée en 1211. D’autres disent que cette croix serait entrée ans la famille Raymondine lors du mariage de Guillaume III Taillefer, comte entre 951 et 1037, avec Emme de Venasque issue de la famille Comtale de Provence. Mais pourquoi auraient-ils alors adopté un signe distinctif appartenant à une autre famille et abandonné le signe qui leur était personnel… Je suis assez septique au sujet de cette hypothèse. Mais nous pouvons être tous d’accord sur l’ancienneté des origines de cette croix, que certains n’hésitent pas à faire remonter aux Wisigoths.

La seconde hypothèse avancée serait donc que cette croix matérialiserait l’itinéraire du peuple Wisigoth, des rives de la mer Noire à Toulouse en passant par les Balkans et l’Italie. Les comtes de Toulouse, comme nous l’avons vu plus haut, descendent de Fulgaud, vicomte en Rouergue, et certains historiens avancent que cette famille alliée à Charlemagne serait issue également d’une souche Wisigothique implantée dans le Rouergue. Pourquoi pas ? mais on peut aussi supposer qu’un guerrier Franc, issu de la famille Carolingienne se serait emparé d’un fief Wisigoth ou en aurait épousé une héritière et se serait également approprié du blason de cette famille. Ce qui permettrait du même coup de faire remonter ce blason au 5ème siècle…

 

La troisième hypothèse serait que la croix Occitane était une croix grecque à branches égales, rectilignes, dont les extrémités sont triplement bouletées et perlées.

A l’origine, elle aurait été une roue solaire, comme celles que l’on trouve en Inde, symbolisant la marche apparente du soleil dans le ciel. Ses quatre branches correspondraient à la fois aux directions cardinales comme dans les croix dites celtiques, mais aussi aux quatre saisons. Les douze petites sphères, appelées pommettes, représenteraient les douze maisons du zodiaque.

 

Mais comment ne pas remarquer les similitudes existant entre la croix occitane et la croix dite, « Celtiques ». Celle-ci a une origine indo-européenne vieille d’au moins deux mille ans avant Jésus-Christ. Elle est en fer, les Celtes sont alors experts dans le travail des métaux. Les Druides qui sont les dépositaires du savoir qu’ils auraient hérité des « Atlantes », dresseurs de pierres, étaient détenteur d’une révélation occidentale opposée à la civilisation grecque ou judaïque. Cette croix est exemplaire par le poids de ses symboles.

« Les âmes errent dans le chaos, où rien n’existe que Dieu, elles passent ensuite dans le cercle Abred, qui est le cercle de la vie terrestre où elles prennent corps et jouent leur destinée entre le Bien et le Mal. Si elles échouent, elles retournent dans le cercle du Néant, le cercle Keugant, pour y attendre que Dieu les en fasse ressortir pour revenir en Abred afin de tenter une autre vie dans un autre corps et parvenir, enfin, à mériter la joie suprême d’entrer dans le cercle de Gwenwed et jouir de la présence constante de Dieu ».

 

 

Le passage d’Abred à Gwenwed est donc l’Ascension suprême. Les branches de la croix et les petits cercles représentent les quatre directions, les quatre autres petits cercles représentent en même temps les quatre éléments, Feu, Terre, Vent, Eau, et les quatre qualités, Chaud, Sec, Froid, Humide. Le cercle Annouin est l’abîme primordial, le cercle Gwenwed symbolise aussi un lieu de passage et de communication entre ce monde et l’Autre monde, un lieu où il n’y a plus ni temps, ni changement. Les entrelacs sont des nœuds, symbole de vie, ils représentent l’eau et également le serpent…

Mon hypothèse est que la croix occitane est certainement issue de la croix celtique. Les cercles situés à l’intérieur de la croix auraient été repoussés à l’extérieur pour des raisons inconnues si elles ne sont tout simplement artistiques… La pénétration chrétienne va se traduire par une intégration des deux courants : la révélation occidentale et la civilisation judaïque, la croix celtique reprise par les chrétiens en est un exemple. On retrouve la même symbolique que celle de l’étoile de David et l’on peut penser que les premiers chrétiens locaux ont peut-être « récupéré » la croix d’origine et l’on modifié avec leurs propres interprétations. En effet, la mort du Christ sur la croix en a certainement inspiré certains qui ont trouvé dans cette croix celtique une image plus forte que le poisson, et plus « occidentale » que le Chrisme. Ils se seraient alors approprié ce symbole en le modifiant quelque peu… Cela peut aussi être l’œuvre de prêtres ariens wisigoths qui auraient eu la même démarche que celle qu’auraient pu avoir des prêtres catholiques… Que cette croix soit alors « passée » dans le blason de la famille des comtes de Toulouse lorsqu’ils étaient vicomtes du Rouergue est du domaine du possible si elle n’était pas déjà le blason de wisigoths installés dans cette région avant eux…

Quoi qu’il en soit, la croix occitane que nous connaissons aujourd’hui a subi des modifications mineures et des interprétations diverses depuis sa création que l’on peut situer sans trop d’erreur autour du 5ème siècle. Si elle est une variante de la croix celtique qui elle-même serait une variante de la roue solaire indienne alors on pourrait avancer que la croix Occitane, fille de la celtique, serait vieille de plus de quatre mille ans… Rappelons-nous la toute puissance des druides et leur connaissance étendue sur les « choses » divines et astrales…