Avec quoi va-t-on payer la cohorte d’enseignants dont on va créer les postes ?

Réponse à la lettre d’un internaute.

Cette remarque, interrogation, scepticisme laisse immédiate penser que l’auteur n’est pas favorable à cette action, ou bien trouve-t-il irraisonnable une telle entreprise en pleine crise économique…

Je ferai une remarque avant tout, et ensuite je dirai pourquoi à mon sens nous n’avons pas le choix…

 

La remarque:

C’est surtout quand une situation est difficile voir catastrophique qu’il faut avoir le courage de remettre sur la table les moyens permettant de s’en sortir. Une entreprise en péril freine toujours sur le budget publicité ou communication alors qu’il faudrait au contraire l’augmenter. Il en va de même pour l’état.

 

Revenons à l’éducation nationale.

Le constat aujourd’hui c’est que cela ne fonctionne pas bien. Pourquoi ?

  • tout d’abord entre les années soixante et aujourd’hui, la mission de ce ministère a complètement changé; de transmettre le savoir ils sont passé à une action éducative.
  • ensuite la population enfantine installée dans les classes ne conçoit pas de la même façon la place de l’enseignant
  • et puis les parents d’aujourd’hui se comportent en consommateur vis à vis de ce service offert par la collectivité
  • et enfin, le métier d’enseignant étant dévalorisé financièrement et moralement; on a perdu l’élite qui est allée se faire des fortunes dans la finance ou le commerce

Eduquer ou transmettre le savoir?

Aujourd’hui les enfants « rois » sont une véritable catastrophe !

Des Huns qui déferlent partout en croyant être dans un immense magasin où tout est dû, et surtout que tout est pour eux.

Les parents des années 80/90 ont failli à leur mission d’éducation. Rentrant tard de leur travail, ils ont posé, dès le plus jeune âge, leur chérubin devant la télévision qui s’est chargée à coup de sitcom et de pub de leur bonne éducation de consommateur débile. De plus, les parents, culpabilisant, ont voulu satisfaire toutes leurs demandes pour démontrer que s’ils sont absents, c’est tout de même , en contrepartie, pour satisfaire le besoin de consommateur de leur enfant.  Enfin, ces parents-là sont eux-mêmes issus de la génération qui a diné tous les soirs « avec » la télévision plus qu’avec ses parents, dans la cuisine où on devait se taire pour écouter soit PPDA, soit le dernier épisode de série B américaine. Ces gosses-là attendent de leurs professeurs qu’ils continuent à satisfaire leur demande immédiatement, avec des comportement d’incivilités de plus en plus violents et vindicatifs. Plus de la moitié du temps d’enseignement est consacré à faire la police dans une classe, alors que nos chers professeurs ne sont pas formés pour faire la police.

Transmettre le savoir est le travail noble de tout enseignant. Encore faut-il savoir quoi et comment transmettre ce savoir. Je rappelle que depuis vingt ans, le niveau des enseignants baisse par perte de motivation, formation, savoir de base. Les salaires et les conditions de travail où les parents ont pris le pouvoir dans les classes, ont considérablement baissé, n’attirant plus aujourd’hui que des personnes sans vocation, qui ont peur du chômage ou qui ont peur d’affronter les enfants et les parents. De plus une forte proportion de professeur est féminisée, ce qui a pour conséquence les grandes difficultés d’autorité face à des « sauvages » qui ne jouent que sur le rapport de force et l’autorité masculine. Nous savons bien que la transmission du savoir ne peut se faire que si l’émetteur et le récepteur ont une forte conviction de la nécessité de cette transmission et de l’intérêt de la réussir. Aujourd’hui, on transmet sans s’assurer de la réceptivité des élèves, étant plus concentré sur l’action de police que sur celle du plaisir à faire découvrir de nouvelles connaissances.

 

Les enfants d’aujourd’hui, nourris à la sauce médiatique, veulent imiter les acteurs des feuilletons américains et instaurer une relation d’égalité avec l’enseignant. C’est une énormité qui mène à la catastrophe ! Moins de respect d’autrui entraine une baisse d’investissement dans la relation !

Les enfants ou adolescents sont abreuvés de la part des parents, des gouvernants, de messages négatifs sur le métier d’enseignant. Comment voulez-vous que ces gosses respectent leurs professeurs ? Ces cinq dernières années, le gouvernement avait pris pour habitude de distiller l’idée que l’éducation nationale était un centre de coût inutile et inefficace, pour tout simplement favoriser l’enseignement privé et développer un business sur ce vecteur juteux.  Comment ont réagi les enfants ? On n’en a pas pour notre argent ! On va juger les professeurs, les noter, et nous on ne veut plus de notes !!! etc.

Bref, perte totale de crédit des enseignants et transformation des lieux d’enseignement en supermarché !!! On a là la parfaite illustration de l’impact d’une politique gouvernementale sur la transformation des rapports entre les parents et les enfants, et le monde de l’enseignement.

Quand un professeur est en danger dans son intégrité physique et dans son déroulement de carrière, dans un lieu théoriquement sanctuarisé, pensez-vous qu’il soit en capacité de transmettre correctement un savoir ? Doit-il suivre les indicateurs de performance globaux ou doit-il avoir une relation privilégiée avec chaque élève ? Peut-il avoir envie de faire tout ce qu’il croit possible pour transmettre un savoir ou doit-il faire illusion et passer une journée de plus sans incident ? Les parents qui ont confié aux enseignants un rôle qui leur incombait, celui de l’éducation, sont les vecteurs de la baisse du niveau d’enseignement tout autant que les derniers gouvernements qui en ont détruit, et le moral, et la structure, au travers de coupes budgétaires débiles et aveugles…

 

Alors ? Comment faire aujourd’hui ?

Deux possibilités:

  • tout casser et repenser un mode de transmission du savoir différent (internet, télévision, médias divers..)
  • essayer de remettre en route une école républicaine et gratuite, qui a montré le siècle passé son efficacité à intégrer les couches populaires et les immigrés pour leur donner leur chance dans notre république

 

La première solution est encore du domaine des utopies, la seconde coûte !!!

Alors oui, il va falloir donner les moyens à l’éducation nationale si on veut quelle continue à participer à la formation et à l’intégration des différentes couches sociales dans un bloc à peu près monolithique !

Les milliers de postes proposés par le gouvernement actuels ne permettront hélas qu’à remettre en fonctionnement un ministère en panne. Ils ne permettront pas de révolutionner l’éducation nationale. Je pense qu’en préalable, il faudrait créer un nouveau ministère : « l’éducation des parents », car ainsi, nous pourrions consacrer moins de moyens « de police » dans les établissements scolaires, améliorer l’écoute et l’envie des enfants à apprendre…

 

Ce sujet étant vaste il est impossible d’en venir à bout sans en écrire 250 pages… Aussi pour répondre à la question définie dans le titre de cet article, je dirai simplement que l’argent se trouve toujours pour réaliser des projets jugés stratégiques, et celui-ci me semble digne d’y investir des sommes importantes. Mais pour ne pas jeter cet argent par la fenêtre il serait nécessaire d’agir sur plusieurs axes en même temps:

  • revalorisation du métier d’enseignant
  • investissement massif dans la formation des professeurs
  • investissement fort dans le changement de regard porté sur l’éducation nationale
  • investissement fort sur l’éducation des parents ou futurs parents
  • transfert progressif des dotations réservées aux écoles privées vers l’enseignement public
  • remettre l’autorité des adultes à sa place …

 

Oui, il faudra trouver de l’argent là où il est. Oui, il est raisonnable d’investir massivement dans l’enseignement si nous voulons que notre république reste debout et continue à développer un pays avec ses élites et sa main d’oeuvre de qualité et performante. Non, nous ne devons pas massivement désinvestir dans la formation et produire une main d’oeuvre qui ne trouverait son salut que dans des postes de service à la personne ou dans la grande distribution, là où il n’est pas déterminant de savoir résoudre une équation ou commenter un texte de Socrate.

Pour que le citoyen reste debout et soit conscient de sa place dans le monde il est nécessaire de lui donner les moyens de réfléchir par lui-même sans qu’il soit aidé en cela par des slogans publicitaires ou des modèles de vie de sitcom… De plus l’éducation permet d’accéder à encore plus de savoir et ainsi elle favorise l’élévation autant intellectuelle que matérielle. Finalement, n’est-ce pas le voeux de chaque parent et de nos gouvernants ? Si la réponse est oui, on trouvera les budgets nécessaires….