Archives de catégorie : Bondigoux dans son quotidien

Commentaires de lectures

L’HOMME QUI  AIMAIT LES CHIENS de LEONARDO PADURA

Leonardo Padura Fuentes, né le 9 octobre 1955 à La Havane, est un journaliste, scénariste et écrivain cubain, auteur d’une dizaine de romans policiers, Prix Princesse des Asturies en 2015. Fils d’un commerçant devenu chauffeur de bus après la révolution cubaine, il fait des études supérieures en littérature hispano-américaine et décroche une licence avant de rédiger une thèse sur Inca Garcilaso de la Vega. Il étudie aussi le latin à la faculté de philologie de l’Université de La Havane où il a le romancier Daniel Chavarría comme professeur.

Il entre comme journaliste au supplément dominical du journal Juventud Rebelde et signe des critiques littéraires, ainsi que des articles de fond. En parallèle, et « à l’écart de tout activisme politique, il écrit des scénarios pour le cinéma »[1], notamment pour un documentaire sur la salsa. Jusqu’en 1995, il est rédacteur en chef de La Gazeta de Cuba.

L’homme qui aimait les chiens est en fait l’assassin de Trotski, 
Ce roman historique nous conte les destins croisés de Trotski, de son assassin , un espagnol nommé Ramon Mercader combattant communiste pendant la guerre d’Espagne recruté par les soviétiques pour cette mission très spéciale, et du narrateur un cubain désenchanté à qui Ramon Mercader se confie avant de mourir 38 ans après les faits. Nous naviguons donc de la guerre d’Espagne à l’URSS de Staline, en passant par la Turquie, la France, la Norvège, le Mexique et Cuba ou vit le narrateur.

Ce qui rapproche ces personnages c’est leur destin tragique, tous les trois broyés par le mensonge idéologique . On apprend beaucoup mais il s’agit bien d’un roman , Si Trotski et Mercader ont  bien existé de nombreux personnage de ce livre sont sûrement imaginaires.

L’écriture est prenante et on avale les 740 pages sans problème

PETIT PAYS de  Gaël FAYE

Gaël Faye est né en 1982 à Bujumbura au Burundi d’une mère rwandaise et d’un père français. En 1995, après le déclenchement de la guerre civile et le génocide des Tutsi au Rwanda en 1994, il arrive en France et passe son adolescence dans les Yvelines, découvre le rap et le hip-hop. Il étudie dans une école de commerce, obtient un master de finance et travaille à Londres durant deux ans pour un fonds d’investissement. Il quitte la cité de Londres pour se lancer dans l’écriture et la musique.

L’histoire se passe au Burundi petit pays d’Afrique centrale, voisin du Rwanda, au moment de la guerre ethnique que se livrent hutus et tutsis. Gabriel enfant de 10 ans, fils d’un français installé au Burundi et d’une rwandaise tutsie, vit une enfance heureuse dans un monde qui lui paraît immuable. Des événements incroyables et  incompréhensibles pour lui commencent d’ébranler ses certitudes. Mais Gaby s’accroche avec acharnement à sa vie d’enfant, à son petit monde de bonheur menacé par un extérieur de plus en plus hostile. Il sent le danger mais ne veut pas y croire et pense pouvoir y échapper par toute sorte de petits stratagèmes , jusqu’au jour ou la folie des hommes qui s’est emparée de ses meilleurs amis le rattrape et le contraint à commettre l’irréparable, La guerre achève le tout en lui prenant son père  sa mère et sa famille. Sa belle enfance se termine dans le chaos. Il se retrouve en France où il s’aperçoit que les gens vivent dans une bulle, inconscients de ce qui pourrait leur arriver, exactement comme lui vivait dans la bulle de son enfance. Les dernières pages le ramènent au Burundi ou il est confronté à une dernière et terrible épreuve, Il retrouve sa mère qu’il croyait morte dans un état de déchéance physique et psychologique épouvantable et décide de rester pour s’occuper d’elle.

C’est un roman sur le monde clos de l’enfance immanquablement détruit par la réalité qui prend parfois des formes terribles.

CHANSON DOUCE de Leila SLIMANI  Goncourt 2016

Née le 3 octobre 1981 à Rabat au Maroc, d’une mère franco-algérienne et d’un père marocain, est une journaliste et écrivain franco-marocaine.

Le livre s’ouvre sur le drame terminal puis nous ramène au début de l’histoire, Louise que la vie n’a pas épargnée est engagée comme nounou pour s’occuper des 2 enfants d’un  jeune couple plein d’avenir. Elle se révèle très compétente et arrive à se rendre incontournable à tel point que le couple ne peut plus rien envisager sans elle. Cependant Louise a un lourd passé d’abandon et de violence. Elle s’attache de façon irrationnelle aux enfants et à la famille et devient elle-même totalement dépendante. Elle n’a pas de vie à l’extérieur et semble incapable d’en avoir une . Son univers se limite à  cette famille dont elle craint d’être un jour exclue. Son comportement change, Paul et Myriam s’en inquiètent un peu mais ne savent quelle attitude prendre, Louise tente un stratagème naïf pour que Myriam tombe à nouveau enceinte et lui propose ainsi de rester. Devant l’échec de sa pauvre ruse, elle disjoncte complètement car sa raison de vivre va lui échapper une nouvelle fois et c’est le drame,

On sait que l’histoire se finit très mal et pourtant le suspense grandit tout au long du livre qu’ on ne peut plus lâcher

Le style est sobre et efficace.

CHECK-POINT de Jean-Christophe RUFIN

Né le 28 juin 1952 à Bourges (Cher). Médecin, et diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris.  Engagé dans le mouvement humanitaire depuis 1977. Vice-président de Médecins (1991-92) sans frontières. Président d’Action contre la faim (2003-2006). Membre du comité français de l’association Human Rights Watch. Conseiller auprès du secrétaire d’État aux Droits de l’homme (1986-88). Attaché culturel et de coopération au Brésil (1988-89). Conseiller auprès du ministre de la Défense  (1993-1994). Ambassadeur de France au Sénégal et en Gambie (2007-2010). Diverses fonctions d’enseignement. I.E.P. de Paris. Directeur de recherches à l’Iris (1990-1993). Conférencier international. Traduction de ses livres dans plus de vingt pays. Docteur honoris causa de l’université Laval (Québec), de l’université de Louvain-la-Neuve (Belgique). Membre étranger de l’Académie royale de médecine de Belgique. Élu à l’Académie française, le 19 juin 2008.

C’est l’épopée d’une mission humanitaire sur les routes de Bosnie. Chaque membre du groupe s’est engagé dans l’aventure pour des raisons différentes, plutôt personnelles que vraiment humanitaires.   Les tensions deviennent rapidement très fortes. Comme dans toutes les situations exceptionnelles chacun fini par se dévoiler  et le groupe éclate.

Aventure et psychologie résument cet excellent roman qui nous interroge aussi sur la nature des missions humanitaires, ce qu’elles sont, leur utilité, ce qu’elles pourraient être,

Du même auteur, je vous recommande « Le grand Cœur, Rouge Brésil … »

ADIEU MERE de Didier ROUX

Didier Roux est né en 1954 à Pointe Noire au Congo de parents français. Cadre à France Télécom il est en 2004 consultant dans un gros cabinet international. Il se lance dans l’écriture en 1995.

Roman sur la courte vie d’un poilu Maximin ROUX, assassiné en 1916 pour l’exemple par ses chefs pour une broutille, C’est un livre captivant de bout  en bout, très poignant, qu’on a du mal à lâcher mais qui en même temps dérange, En tout cas il vous inspire une horreur absolue de la guerre,

De plus c’est un témoignage très documenté sur la vie à Bondigoux en 1914,  Même si les personnages sont un peu idéalisés les dialogues reflètent bien les préoccupations de l’époque et les rapports qui existaient entre  les gens, D’origine Bondigounaise, j’ai connu dans mon enfance quelques un des rescapés de ce grand massacre  mentionnés dans ce livre (Lucien Charbonnière, Louis Bonhomme, Ernest Rouzet, Albert Roux, qui nous racontaient parfois les soirs d’été leurs terribles aventures, mais j’avoue qu’alors j’avais du mal à réaliser,

Détail qui m’a touché, l’auteur fait mention de ma grand-mère Marie Rives alors institutrice à l’école de Bondigoux où ma mère est née pendant que mon grand-père était lui-même sur le front,

Bref c’est un grand roman pacifiste, très documenté, qui m’a personnellement ému,

Il m’a donné envie de relire un roman allemand de référence en la matière : « A L’ouest  rien de nouveau » d’Heinrich Maria REMARQUE

Racisme et bêtise

Une nouvelle fois, des évènements tragiques font ressurgir la bête immonde…

Parce que des imbéciles, parfois abandonnés de la république, isolés dans une rumination lente et profonde sur leur place dans notre société, cibles faciles de manipulateurs pervers, commettent l’irréparable inacceptable, la bête immonde se réveille.

 

Ceux que l’on appelle terroristes et, qui ne sont pour moi que des êtres perdus et sans repère, marginaux issus de n’importe quel milieu, aisé ou pas, ouvert ou pas, ces soi-disant terroristes qui ne sont que des assassins paumés, utilisant la religion pour justifier leurs actes, ont, au delà des crimes odieux qu’ils ont commis, réussi leur coup ! Ils ont réveillé cette peur enfouie en nous, cette peur qui libère la parole de l’ostracisme, du racisme de la haine.

La haine contre l’étranger, le rejet d’une religion dont on ignore tout mais qui semble la responsable de tout, le rejet de celui qu’on ne comprend pas car différent de nous, sont les éléments de bases de ceux qui ne réfléchissent pas assez loin…

Pourquoi un individu, citoyen, bon père, bon camarade, devient tout à coup vecteur de la haine ?

On peut supposer que c’est parce qu’il a peur. Mais peur de quoi ?

Peur d’une représentation pas très nette d’une menace pour lui, sa famille, ses biens…  Cette représentation négative est effectivement ressassée et amplifiée par les médias condamnés à racoler des fidèles afin de financer leur boîte. Mais ce n’est pas nouveau, puisque l’église elle-même a été complice de ce type de lavage de cerveaux au cours des siècles passés.

 

Pendant presque 2000 ans, le juif était responsable des famines, de la peste et autres maux et, régulièrement on évacuait ses peurs au travers de pogroms détestables.

Dans nos régions du sud-ouest, nous avions aussi une autre cible, les cagots, et il a fallu attendre que Louis XIV s’énerve pour que la peur de la répression royale soit plus forte que la peur de l’autre et que ces cagots puissent enfin être acceptés par nos ancêtres….

Depuis une soixantaine d’années ce sont les femmes et les hommes d’origine nord africaine qui sont devenus « nos juifs ou nos cagots », ratonades et injustices de tous ordres ont émaillé ces dernières années.

Avant eux on a eu les Italiens, les Espagnols qui ont été nos têtes de Turcs!!! et puis aussi les pieds noirs, rappelez-vous les bagarres dans les cours de récréations entre « les bons français » et ces étrangers qui venaient nous prendre tous les logements et allocations familiales et qui avaient un accent bizarre !!!

Oui je sais, vous les racistes, vous allez m’objecter: « oui mais eux étaient cathos et ils se sont intégrés parce qu’ils ont notre culture alors que les autres… les musulmans…. jamais ils ne pourrons s’intégrer!!!! ». Et que faites vous des asiatiques alors ? pas cathos eux non plus et pourtant intégrés !!! « Mais eux ils sont gentils, ils ferment leur gueule, ils bossent…. »  Non, ils sont différents mais leur différence ne vous fait pas peur, c’est tout ! Les racistes souhaitent toujours que tous les autres leur ressemblent ou au moins soient d’une discrétion qui les rende invisibles, alors qu’eux-mêmes sont souvent ces êtres grossiers et bruyants quand ils vont en visite dans d’autres pays!!!

 

Quand j’entends des êtres à priori équipés d’un cerveau dire que tous les musulmans sont inadaptés à notre société, j’hallucine.

Si 5 à 10% des immigrés de confession musulmane tombent dans la délinquance, je vous rappelle que 90 à 95% s’intègrent et adhèrent aux valeurs de la république et participent entièrement à la vie économique et sociétale de notre pays, et comme pour les vagues migratoires précédentes (Italiennes, Espagnoles, Asiatiques…) ce phénomène est connu et ne doit pas nous effrayer.

Et, faire l’amalgame entre immigration, si riche et nécessaire à notre évolution, et actes débiles commandés par des fous confrontés à des problèmes à quelques milliers de kilomètres de chez nous, c’est donner la preuve que nous attendions tout simplement une occasion pour réveiller la bête immonde qui dort au fond de nous…

 

Bridez cette bête!!! sinon elle va, à termes, vous dévorer, et là les malades logés aujourd’hui en Iraq et Syrie auront eu raison.

 

 

 

Serf ou homme libre au moyen âge

On imagine très souvent que tout paysan de cette époque ne pouvait être que serf; il n’en était rien…

Les paysans, ceux qui résident dans de grands domaines ou manses n’ont pas tous le même statut juridique et les manses, dans les inventaires, sont définies comme « manse servile » ou « manse ingénuile » (franc, libre).

Cette différence reflète des disparités économiques : les manses serviles sont plus petits que les manses libres qui sont la plupart du temps des tenures de laboureurs, équipés d’un attelage de culture performant, alors que les manses serviles sont exploités à bras.

Les manants qui peuvent être des hommes libres ou colons ou serf, sont ceux qui tiennent des manses, ils doivent des jours de corvée à leur seigneur en fonction de la surface du manse concédé et de leur statut. On peut alors transmettre à ses héritiers le manse ingénuile alors que les serfs ne peuvent rien transmettre. Un manse reste la propriété du seigneur tout du moins jusqu’au 9ième siècle.

Ci-dessous un texte du 9ième siècle du domaine de Paliseau appartenant à l’église. On comprend mieux le fonctionnement des manses. Et que rien n’est bien défini en fonction du statut.

« – Walafredus, colon et sa femme, nommée Eudimia, gens de Saint Germain, ont avec eux deux enfants, Walahildis, Leutgardis.

 Walafredus tient deux manses ingénuiles, ayant sept borniers de terre arable (7 ha), six arpents de vigne (3 ha) quatre arpents de pré (2 ha). Il paie pour chaque manse une année, un bœuf, l’année suivante un goret, et quatre deniers pour le rachat du service du transport du bois, deux muids de vin pour la paisson, une brebis avec un agneau. Il laboure quatre perches pour les blés d’hiver (1 perche vaut 51 centiares) deux perches pour ceux de mars. Il fait des corvées, des charrois, des manutentions et des coupes de bois autant qu’on lui en demande. Il doit trois poulets et quinze œufs.

– Hairmundus, colon et sa femme colone, nommée Haldrada, gens de Saint Germain, ont avec eux cinq enfants nommés Elison, Hildegaudus, Eliseus, Theudildis, Hairiueo.

Il tient un manse ingénuile ayant dix borniers de terre arable, deux arpents de vigne, un arpent et demi de pré. Il doit les mêmes redevances que le précédent…

– Ebrulfus, colon et sa femme, esclave, Ermenildis, ont avec eux quatre enfants, ils tiennent un manse et paient un bœuf par année. Teutgardis, esclave de Saint Germain a avec elle son enfant, Teutgaria. Ces trois familles, tiennent un manse ingénuile ayant quatre borniers et un ansage de terre arable, quatre arpents de vigne, deux arpents de pré. Ils travaillent huit arpents dans la vigne du maitre. Ils paient deux muids de vin pour la paisson et deux sétiers de sénevé…

– Ermenoldus, esclave, et sa femme, colone, nommée Marta, gens de Saint Germain, ont avec eux, quatre enfants, Ermenbertus, Ardegarius, Armenardus et Ingalsindis.

– Maurus, esclave, et sa femme, libre, nommée Aclehildis, gens de St Germain ont deux enfants. Il y a aussi Guntoldus, colon de Saint Germain. Ces deux hommes tiennent un manse servile ayant deux borniers de terre arable, deux arpents et demi de vigne, un arpent et demi de pré. Ils travaillent dans la vigne du maitre huit arpents. Ils paient quatre muids de vin pour la paisson, deux sétiers de sénevé, trois poules, quinze œufs. Ils doivent des manutentions, des corvées, des charrois.

On remarquera que des hommes non serfs, peuvent tenir des manses serviles. Inconvénient, ils ont les mêmes contraintes que les serfs et doivent la moitié de leur temps à leur maitre.  

 

Un colon est un descendant des colons romains. Rattachés à une villaé, ils étaient entre l’esclave et l’homme libre. Ce terme latin est de racine colo, colere « habiter, cultiver » et de sens dérivé : « cultiver à la place de quelqu’un d’autre, habiter en lieu et place de quelqu’un, le représenter ». C’est le sens même de tenancier d’un domaine et le sens plus général connu pour « colon » et « colonie » se rattache à ce sens premier.

 

On pense que la population servile constituait au 9ième siècle de 5 à 15% de la population paysanne.

Les serfs peuvent être des esclaves de naissance ou pas.

Voici d’autres conditions de mise en servage :

  • L’entrée dans la condition servile peut se faire par le mariage avec un serf ou une serve: « le pire emporte le bon », du moins jusqu’au XIIIe siècle, après cela restera valable seulement pour la femme.
  • La soumission d’un homme libre au servage, par exemple par le refus de service d’ost.
  • La résidence en « lieu serf », « l’air rend serf » (un an et un jour après la tenure servile.)

Considérons cependant le déclin du servage grâce aux actes d’affranchissement (abrègement de fief, déjà au 11ième, un peu plus au 12ième siècle et encore au 13ième siècle. Il s’agit là d’un mouvement historique lié à l’action des rois), à l’abandon de la tenure servile et au développement de la résidence en lieu de liberté (villes libres, l’adage : « l’air rend libre »).

 

Les anciens esclaves ou serfs deviennent des « dépendants », ils n’étaient jamais complètement libres, et restaient, eux et leur descendance, sous le contrôle du maitre.

Le mariage accordé aux esclaves par l’église en faisait de fait des hommes libres, car ils fondaient une famille catholique, et par règle, aucun catholique ne pouvait être esclave sur les territoires européens (on peut donc supposer que les serfs avaient été maintenus, volontairement ou pas en dehors de l’église catholique ; qu’elle était donc leur religion ?).

Et ce mouvement d’affranchissement se fit en parallèle avec la tenure de manses ingénuiles par des serfs « l’air rend libre ».

 

Etre libre, s’était pouvoir se marier librement, transmettre ses biens, signer des contrats, témoigner en justice.

L’essentiel des terres au 9ième siècle étaient détenues par des hommes libres, qui pouvaient s’exprimer au travers de diverses assemblées laïques ou religieuses. Si la frange supérieure des hommes libres formait la noblesse, l’inférieure était constituée par les pauvres libres, entre les deux on trouvait les corporations d’artisans et autres notaires, chirurgiens, etc.

Au fils des années, la pression des puissants transforma les pauvres libres en pauvres dépendants, ayant dû céder leurs terres au seigneur. Il suffisait de convoquer pour l’ost les pauvres libres pour mener une guerre, pendant les moissons, pour qu’ils soient contraints de vendre leurs terres pour survivre en hiver, ou bien une expédition plus virile pouvait réduire tout velléitaire…Les rois de l’époque essayèrent de lutter contre ces méthodes en allégeant l’ost des paysans.. Mais rien n’y fit… une lente mais sournoise érosion des biens transforma en quelques siècles la population « libre » en « dépendants »…

 

D R

Proverbes de Mars

S’il pleut pour la St Aubin, (1 mars)

L’eau sera plus chère que le vin.

~

Des fleurs qu’en Mars tu verras,

Rarement tu mangeras.

~

Quand mars se déguise en été,

Avril prend ses habits fourrés.

~

Mars sec et froid,

N’a jamais produit famine.

~

Pâques en Mars,

Tombes de toutes parts.

~

Taille tôt, taille tard,

Rien ne vaut taille de Mars.

~

Bise de Mars

Et vent d’Avril,

Font la richesse du pays.

~

Mars gris, Avril pluvieux

Font l’an fertile et plantureux.

S’il gèle à la St Stanislas,( le 11 avril)

On aura deux jours de glace.

Demain, c’est aujourd’hui !

Oui, je sais, « le changement c’est maintenant », on connaît la formule. On l’a entendu, espéré, attendu, réclamé, revendiqué et nos chers donneurs de leçons politique ont beau courir après, on ne voit toujours rien venir. Quant aux médias omniprésents qui nous tourneboulent, nous omnibulent et nous manipulent, ils nous désespèrent tant qu’on en perd la boule. A force d’écœurement, on finirait presque par se dire qu’il n’y a plus qu’à pratiquer la politique de l’autruche pour échapper à ce monde d’injustice, de violence, de pollution, de productivité et de compétitivité tous azimuts. Bref, foutu pour foutu, se coincer la bulle pour oublier que la planète court à sa perte et que, décidément, on n’y peut rien, « nous les petits, nous les sans-grades, nous les sans-dents… ».

 

Sauf que non, décidément non, les derniers des Mohicans, les irréductibles petits villages gaulois, ils se comptent par dizaines, par centaines, que dis-je, par milliers de par le monde ! Si si, je vous jure ! Et n’allez pas me taxer de joyeuse hurluberlu, de rêveuse farfelue, de Pierrette lunaire, d’utopiste bobo … Vous n’avez pas encore vu le documentaire « Demain » ? Courez-y, courez-y vite, comme le bonheur dans le pré, il va filer ! Sorti sur grand écran en décembre, il est encore projeté ce mois-ci à L’Utopia Tournefeuille et a fait ½ million d’entrées au niveau national.

 

Demain

Un film formidable, remarquable qui va vous chatouiller les neurones, vous doper les vitamines, vous donner du pep’s pour toute l’année ! Des idées, des projets, des pistes ce film coréalisé par Mélanie Laurent et Cyril Dion (co-fondateur avec Pierre Rhabi du mouvement Colibri) en fourmille, en foisonne ! Et du concret s’il-vous plaît, du réel, du palpable, du « consommable » au sens premier et noble du terme. Des expériences, des initiatives essentiellement citoyennes à l’échelle de la planète qu’ont sillonnée nos deux acolytes et quelques-uns de leurs amis pour nous les faire partager et nous redonner foi en l’humanité en ces temps de grande morosité. Que ce soit en matière d’agriculture, d’énergie, d’économie, de démocratie ou d’éducation, oui, tout peut changer, si nous citoyens agissons à notre petite échelle, nous regroupons, cessons de croire en la fatalité.

 

« Oui, un autre monde est possible », « Yes, we can » ne sont pas de vains slogans électoralistes ou populistes. Partout dans le monde, de simples citoyens mais aussi des politiques responsables, exigeants et intransigeants se mobilisent et œuvrent pour rendre à notre terre nourricière sa fertilité, pour exploiter les meilleures des énergies c’est-à-dire celles qui sont renouvelables, pour faire vivre des économies locales en parallèle de nos économies mondiales, pour faire entendre la voix des populations, pour redonner à l’éducation ses titres de noblesse et élever nos enfants dans le respect de valeurs à mille lieues de celles de nos sociétés de libéralisme et de performance exacerbés.

 

Alors, oui, précipitez-vous dans ces salles obscures d’où jaillit parfois, souvent même, la lumière : celle de l’espoir, de l’optimisme retrouvé, de la réconciliation.

 

Oui, « Demain » c’est maintenant !

Sylvie.L

 

100 ans déjà

Maximin ROUX est né le 9 janvier 1893 à Montvalen fils de Roux Jean et de Gay Jeanne. Il était le quatrième enfant d’une famille d’agriculteurs qui en comptait cinq.

Lors de son incorporation le 20 octobre 1913 il est décrit, sous le numéro de matricule n° 133, comme un homme de 1,70 m (ce qui était grand pour l’époque) aux cheveux châtains foncés, yeux marron foncés, front de hauteur moyenne, au nez rectiligne, au visage osseux, avec un niveau d’instruction n° 2 dans une échelle qui en comporte 5, il est dit de profession cultivateur.

Il est incorporé sous le matricule n° 4962 au 59ème régiment à compter du 1er octobre 1913, et arrive dans son corps le 26 novembre 1913 comme soldat de 2ème classe.

Parti au front le 7 août 1914, il est intégré dans la 4ième armée. Il est blessé d’une balle à la tête le 27 août 1914 à Raucourt, il est évacué à l’arrière.

Il passe au 2ème régiment du génie, affecté à la compagnie n°17/52 sous le numéro de matricule n° 25610 le 1er octobre 1915 (en exécution de la note n°7869 du GGG en date du 13 sept 1915).

Il a été surpris en compagnie de quelques camarades dans la nuit du 16 au 17 février 1916, par les gendarmes, en train de voler quelques bouteilles de vin dans un café abandonné, à quelques centaines de mètres de leur cantonnement. Certains, réussissant à échapper, sont allés rechercher leurs armes à la caserne toute proche en passant par un trou dans le mur, et sont revenus pour aider leurs camarades. Ils ont tiré sur les gendarmes… Tous réussissent à rentrer sauf le dernier qui est capturé à quelques mètres du mur.

Interrogé, il parle…

Maximin a été reconnu comme étant le principal instigateur du vol, commis à plusieurs, avec préméditation, par effraction et avec armes. Ses camarades ont bénéficié de circonstances atténuantes car on a considéré qu’ils n’avaient fait que suivre.

Lors de ce procès, il a bénéficié de l’assistance d’un avocat. Le Conseil de guerre a délibéré à huis clos.

Tombant sous le coup de l’article 250, chapitre VIII, du Code de justice militaire : « Est puni de mort, avec dégradation militaire, tout pillage ou dégât de denrées, marchandises ou effets, commis par des militaires en bande, soit avec armes ou à force ouverte, soit avec bris de porte et clôtures extérieures, soit avec violence envers les personnes ».

Il est condamné à la peine de mort avec dégradation militaire par le conseil de guerre de la 34ème division lors de la séance du 1er mars 1916.

Ses camarades sont tous condamnés de dix à vingt ans de bagne, (ces peines seront converties à un aller simple pour Verdun, car l’armée manquait de chair à canon).

La loi du 15 janvier 1916 stipulait que tout condamné à mort devait bénéficier d’un délai de quinze jours avant l’exécution de sa peine afin qu’il puisse avoir la possibilité de déposer une demande de recours en grâce auprès du Président de la République. Ce délai n’a pas été respecté… Son avocat a écrit un courrier le 1er mars, pour le président de la république, qui a été bloqué par le président du tribunal.

Le présent jugement a donc reçu exécution le 2 mars 1916, à 7 heures du matin, devant la troupe en armes, à Wanquetin situé à 12 kilomètres à l’ouest d’Arras, dans le Pas de Calais, au lieudit « Bois des onze« .

Une mention en rouge sur son avis de décès, retrouvé dans son village d’origine déclare, « Ce militaire n’est pas mort à l’ennemi« …

Son corps a été au départ enterré sur place à l’orée du bois « Des onze », dans le champ de Mr Vermesse.

Un vieil habitant de ce village, Henri Vermesse, se souvient être allé, lorsqu’il avait trois ou quatre ans, en compagnie de son père Armand, sur l’emplacement de la tombe située au pied du talus très haut, bordurant la pointe de leur champ. En 1921/22, le corps  a été transféré au cimetière militaire de Roclincourt au nord d’Arras, il a été transporté par Paul Mayeur dans son char à bancs.

Un peu plus tard, son corps a été transféré au cimetière de La Targette, un peu plus au nord, où il repose depuis sous le n° 1860.

Il est porté sur sa croix :                        Maximin ROUX. Mort pour la France le 2.3.1916…

Une nouvelle région selon Georges Labouysse

L’espace occitan dans l’Histoire

« Pour que le latin ait évolué différemment au nord et au sud de la Loire, il faut qu’il ait été parlé par des peuples différents,
parlant des langues différentes avant l’arrivée des Romains. »         Alain Nouvel

 

La réforme territoriale, imposée sans débat démocratique par le gouvernement, suscite de nombreuses réticences du fait de ses incohérences. Il s’agit d’un découpage purement administratif, concocté « a vista de nas » pour encore plus de centralisme, avec le maintien des préfets fonctionnaires gouvernementaux non élus et, de l’aveu même de certains politiques, pour détruire définitivement les cultures qui subsistent encore sur l’Etat français.
Autrement dit, pour les Jacobins uniformisateurs, c’est l’aboutissement d’une politique inaugurée dans les années 1790 pour éradiquer les « nations » diverses  de la République: la suppression votée aujourd’hui de l’Auvergne et de l’Alsace sont à ce titre deux exemples significatifs.
L’importance et le dynamisme d’une région à l’échelle européenne ne se mesurent pas à sa superficie, mais à ses compétences, à sa fiscalité propre, en un mot à son autonomie réelle, comme c’est le cas dans de véritables démocraties européennes.

Le fait de refuser une mise à plat de l’ensemble des structures pour remodeler tout le système, à commencer par le dépassement des « frontières » départementales par exemple, nous prive d’une organisation territoriale cohérente, qui aurait tenu compte des réalités non seulement historiques, mais aussi géographiques, socioculturelles, économiques,  environnementales… et aussi fiscales!
En ce qui concerne le territoire occitan, une des rares fusions logiques concerne les régions Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon, un espace (ancien domaine des Volques) qui fut la Narbonnaise I sous l’Antiquité romaine et qui devint le Languedoc plus tard avec deux « capitales »: Toulouse et Montpellier se partageant les compétences.

Ainsi ce territoire de la Garonne au Rhône pourrait-il redevenir tout simplement le « Languedoc » avec une structure spécifique pour la Catalogne nord…

Lire la suite :  Réforme territoriale et l’Occitanie