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D’où venons nous ? Où vivons-nous ?

Serf ou homme libre au moyen âge

On imagine très souvent que tout paysan de cette époque ne pouvait être que serf; il n’en était rien…

Les paysans, ceux qui résident dans de grands domaines ou manses n’ont pas tous le même statut juridique et les manses, dans les inventaires, sont définies comme « manse servile » ou « manse ingénuile » (franc, libre).

Cette différence reflète des disparités économiques : les manses serviles sont plus petits que les manses libres qui sont la plupart du temps des tenures de laboureurs, équipés d’un attelage de culture performant, alors que les manses serviles sont exploités à bras.

Les manants qui peuvent être des hommes libres ou colons ou serf, sont ceux qui tiennent des manses, ils doivent des jours de corvée à leur seigneur en fonction de la surface du manse concédé et de leur statut. On peut alors transmettre à ses héritiers le manse ingénuile alors que les serfs ne peuvent rien transmettre. Un manse reste la propriété du seigneur tout du moins jusqu’au 9ième siècle.

Ci-dessous un texte du 9ième siècle du domaine de Paliseau appartenant à l’église. On comprend mieux le fonctionnement des manses. Et que rien n’est bien défini en fonction du statut.

« – Walafredus, colon et sa femme, nommée Eudimia, gens de Saint Germain, ont avec eux deux enfants, Walahildis, Leutgardis.

 Walafredus tient deux manses ingénuiles, ayant sept borniers de terre arable (7 ha), six arpents de vigne (3 ha) quatre arpents de pré (2 ha). Il paie pour chaque manse une année, un bœuf, l’année suivante un goret, et quatre deniers pour le rachat du service du transport du bois, deux muids de vin pour la paisson, une brebis avec un agneau. Il laboure quatre perches pour les blés d’hiver (1 perche vaut 51 centiares) deux perches pour ceux de mars. Il fait des corvées, des charrois, des manutentions et des coupes de bois autant qu’on lui en demande. Il doit trois poulets et quinze œufs.

– Hairmundus, colon et sa femme colone, nommée Haldrada, gens de Saint Germain, ont avec eux cinq enfants nommés Elison, Hildegaudus, Eliseus, Theudildis, Hairiueo.

Il tient un manse ingénuile ayant dix borniers de terre arable, deux arpents de vigne, un arpent et demi de pré. Il doit les mêmes redevances que le précédent…

– Ebrulfus, colon et sa femme, esclave, Ermenildis, ont avec eux quatre enfants, ils tiennent un manse et paient un bœuf par année. Teutgardis, esclave de Saint Germain a avec elle son enfant, Teutgaria. Ces trois familles, tiennent un manse ingénuile ayant quatre borniers et un ansage de terre arable, quatre arpents de vigne, deux arpents de pré. Ils travaillent huit arpents dans la vigne du maitre. Ils paient deux muids de vin pour la paisson et deux sétiers de sénevé…

– Ermenoldus, esclave, et sa femme, colone, nommée Marta, gens de Saint Germain, ont avec eux, quatre enfants, Ermenbertus, Ardegarius, Armenardus et Ingalsindis.

– Maurus, esclave, et sa femme, libre, nommée Aclehildis, gens de St Germain ont deux enfants. Il y a aussi Guntoldus, colon de Saint Germain. Ces deux hommes tiennent un manse servile ayant deux borniers de terre arable, deux arpents et demi de vigne, un arpent et demi de pré. Ils travaillent dans la vigne du maitre huit arpents. Ils paient quatre muids de vin pour la paisson, deux sétiers de sénevé, trois poules, quinze œufs. Ils doivent des manutentions, des corvées, des charrois.

On remarquera que des hommes non serfs, peuvent tenir des manses serviles. Inconvénient, ils ont les mêmes contraintes que les serfs et doivent la moitié de leur temps à leur maitre.  

 

Un colon est un descendant des colons romains. Rattachés à une villaé, ils étaient entre l’esclave et l’homme libre. Ce terme latin est de racine colo, colere « habiter, cultiver » et de sens dérivé : « cultiver à la place de quelqu’un d’autre, habiter en lieu et place de quelqu’un, le représenter ». C’est le sens même de tenancier d’un domaine et le sens plus général connu pour « colon » et « colonie » se rattache à ce sens premier.

 

On pense que la population servile constituait au 9ième siècle de 5 à 15% de la population paysanne.

Les serfs peuvent être des esclaves de naissance ou pas.

Voici d’autres conditions de mise en servage :

  • L’entrée dans la condition servile peut se faire par le mariage avec un serf ou une serve: « le pire emporte le bon », du moins jusqu’au XIIIe siècle, après cela restera valable seulement pour la femme.
  • La soumission d’un homme libre au servage, par exemple par le refus de service d’ost.
  • La résidence en « lieu serf », « l’air rend serf » (un an et un jour après la tenure servile.)

Considérons cependant le déclin du servage grâce aux actes d’affranchissement (abrègement de fief, déjà au 11ième, un peu plus au 12ième siècle et encore au 13ième siècle. Il s’agit là d’un mouvement historique lié à l’action des rois), à l’abandon de la tenure servile et au développement de la résidence en lieu de liberté (villes libres, l’adage : « l’air rend libre »).

 

Les anciens esclaves ou serfs deviennent des « dépendants », ils n’étaient jamais complètement libres, et restaient, eux et leur descendance, sous le contrôle du maitre.

Le mariage accordé aux esclaves par l’église en faisait de fait des hommes libres, car ils fondaient une famille catholique, et par règle, aucun catholique ne pouvait être esclave sur les territoires européens (on peut donc supposer que les serfs avaient été maintenus, volontairement ou pas en dehors de l’église catholique ; qu’elle était donc leur religion ?).

Et ce mouvement d’affranchissement se fit en parallèle avec la tenure de manses ingénuiles par des serfs « l’air rend libre ».

 

Etre libre, s’était pouvoir se marier librement, transmettre ses biens, signer des contrats, témoigner en justice.

L’essentiel des terres au 9ième siècle étaient détenues par des hommes libres, qui pouvaient s’exprimer au travers de diverses assemblées laïques ou religieuses. Si la frange supérieure des hommes libres formait la noblesse, l’inférieure était constituée par les pauvres libres, entre les deux on trouvait les corporations d’artisans et autres notaires, chirurgiens, etc.

Au fils des années, la pression des puissants transforma les pauvres libres en pauvres dépendants, ayant dû céder leurs terres au seigneur. Il suffisait de convoquer pour l’ost les pauvres libres pour mener une guerre, pendant les moissons, pour qu’ils soient contraints de vendre leurs terres pour survivre en hiver, ou bien une expédition plus virile pouvait réduire tout velléitaire…Les rois de l’époque essayèrent de lutter contre ces méthodes en allégeant l’ost des paysans.. Mais rien n’y fit… une lente mais sournoise érosion des biens transforma en quelques siècles la population « libre » en « dépendants »…

 

D R

100 ans déjà

Maximin ROUX est né le 9 janvier 1893 à Montvalen fils de Roux Jean et de Gay Jeanne. Il était le quatrième enfant d’une famille d’agriculteurs qui en comptait cinq.

Lors de son incorporation le 20 octobre 1913 il est décrit, sous le numéro de matricule n° 133, comme un homme de 1,70 m (ce qui était grand pour l’époque) aux cheveux châtains foncés, yeux marron foncés, front de hauteur moyenne, au nez rectiligne, au visage osseux, avec un niveau d’instruction n° 2 dans une échelle qui en comporte 5, il est dit de profession cultivateur.

Il est incorporé sous le matricule n° 4962 au 59ème régiment à compter du 1er octobre 1913, et arrive dans son corps le 26 novembre 1913 comme soldat de 2ème classe.

Parti au front le 7 août 1914, il est intégré dans la 4ième armée. Il est blessé d’une balle à la tête le 27 août 1914 à Raucourt, il est évacué à l’arrière.

Il passe au 2ème régiment du génie, affecté à la compagnie n°17/52 sous le numéro de matricule n° 25610 le 1er octobre 1915 (en exécution de la note n°7869 du GGG en date du 13 sept 1915).

Il a été surpris en compagnie de quelques camarades dans la nuit du 16 au 17 février 1916, par les gendarmes, en train de voler quelques bouteilles de vin dans un café abandonné, à quelques centaines de mètres de leur cantonnement. Certains, réussissant à échapper, sont allés rechercher leurs armes à la caserne toute proche en passant par un trou dans le mur, et sont revenus pour aider leurs camarades. Ils ont tiré sur les gendarmes… Tous réussissent à rentrer sauf le dernier qui est capturé à quelques mètres du mur.

Interrogé, il parle…

Maximin a été reconnu comme étant le principal instigateur du vol, commis à plusieurs, avec préméditation, par effraction et avec armes. Ses camarades ont bénéficié de circonstances atténuantes car on a considéré qu’ils n’avaient fait que suivre.

Lors de ce procès, il a bénéficié de l’assistance d’un avocat. Le Conseil de guerre a délibéré à huis clos.

Tombant sous le coup de l’article 250, chapitre VIII, du Code de justice militaire : « Est puni de mort, avec dégradation militaire, tout pillage ou dégât de denrées, marchandises ou effets, commis par des militaires en bande, soit avec armes ou à force ouverte, soit avec bris de porte et clôtures extérieures, soit avec violence envers les personnes ».

Il est condamné à la peine de mort avec dégradation militaire par le conseil de guerre de la 34ème division lors de la séance du 1er mars 1916.

Ses camarades sont tous condamnés de dix à vingt ans de bagne, (ces peines seront converties à un aller simple pour Verdun, car l’armée manquait de chair à canon).

La loi du 15 janvier 1916 stipulait que tout condamné à mort devait bénéficier d’un délai de quinze jours avant l’exécution de sa peine afin qu’il puisse avoir la possibilité de déposer une demande de recours en grâce auprès du Président de la République. Ce délai n’a pas été respecté… Son avocat a écrit un courrier le 1er mars, pour le président de la république, qui a été bloqué par le président du tribunal.

Le présent jugement a donc reçu exécution le 2 mars 1916, à 7 heures du matin, devant la troupe en armes, à Wanquetin situé à 12 kilomètres à l’ouest d’Arras, dans le Pas de Calais, au lieudit « Bois des onze« .

Une mention en rouge sur son avis de décès, retrouvé dans son village d’origine déclare, « Ce militaire n’est pas mort à l’ennemi« …

Son corps a été au départ enterré sur place à l’orée du bois « Des onze », dans le champ de Mr Vermesse.

Un vieil habitant de ce village, Henri Vermesse, se souvient être allé, lorsqu’il avait trois ou quatre ans, en compagnie de son père Armand, sur l’emplacement de la tombe située au pied du talus très haut, bordurant la pointe de leur champ. En 1921/22, le corps  a été transféré au cimetière militaire de Roclincourt au nord d’Arras, il a été transporté par Paul Mayeur dans son char à bancs.

Un peu plus tard, son corps a été transféré au cimetière de La Targette, un peu plus au nord, où il repose depuis sous le n° 1860.

Il est porté sur sa croix :                        Maximin ROUX. Mort pour la France le 2.3.1916…

De 1870 à 1914: Les origines d’une explosion de l’Europe!

De Georges Labouysse

 

« On croit mourir pour la patrie,

On meurt pour les industriels« …

Anatole France

 

 

A l’automne 1913 de grandes manœuvres militaires se déroulent dans la région toulousaine en présence d’observateurs des Etats européens, allemands en particulier, qui se congratulent confraternellement, quelques mois seulement avant d’envoyer les peuples se massacrer dans la boue des tranchées au nom de leur patrie respective… Mais quelle « patrie »? Celle de nos patrimoines historiques ou celle des « chevaliers d’industrie », des banquiers et des marchands de canon?

Durant une trentaine d’années auparavant, l’on déplorera une cascade de conflits plus ou moins graves, liés aux rivalités coloniales entre les grandes puissances européennes, qui portent tous en germe une guerre généralisée possible. Des alliances commerciales et militaires vont se nouer et se dénouer, un long processus qui verra l’explosion de l’Europe en 1914.

Jean Jaurès commentera quotidiennement ces événements durant toute cette période dans la presse, en particulier dans « La dépêche de Toulouse« . Tous ses écrits seront un plaidoyer permanent pour une résolution pacifique des conflits et des rivalités entre nations et pour un système européen d’arbitrage entre les Etats. Il écrit le 18 septembre 1912: « Il vaut mieux organiser dans la paix l’alliance générale des peuples européens. »

Parallèlement en France un nationalisme agressif dirigé essentiellement contre l’Allemagne se met durablement en place en vue d’une revanche militaire, après le rattachement de l’Alsace-Moselle à l’empire fédéral allemand. Clemenceau clamera que son nationalisme « est tourné vers la ligne bleue des Vosges« .

L’école va jouer dès lors un rôle primordial et l’enseignement d’une Histoire officielle mythique forgera et entretiendra un nationalisme français dangereux, à travers le culte de héros intouchables et d’une France « une et indivisible »… de Dunkerque à Tamanrasset!

 

Jaurès sera assassiné le 31 juillet 1914. Dernier obstacle au déclanchement d’une guerre généralisée en Europe, il sera le premier mort de ce conflit qui en engendrera d’autres durant ce XXe siècle, le plus barbare de l’Histoire.

 

 

Georges Labouysse nous parle de 1914

Georges Labouysse a fait une analyse remarquable sur les causes d’une guerre qui aura décimé la génération des hommes de 20 à 45 ans dans tous les pays européens, et en même temps bouleversé la carte géopolitique de l’Europe et installé les USA à la tête du monde. Merci pour ce travail.

Un crime programmé!
« On croit mourir pour la patrie,
On meurt pour les industriels »…
Anatole France


Ara i sèm! C’est bien parti pour une année de commémorations, de drapeaux tricolores et de Marseillaises, de
prétendus hommages à « nos poilus qui ont sauvé la patrie contre ces féroces soldats qui viennent jusque dans nos bras
égorger nos fils et nos compagnes »…
Mais parlera-t-on des causes réelles et des conséquences de 14-18, de toutes ces guerres qui ensanglantèrent le
monde et surtout l’Europe, en ce XXe siècle le plus barbare de l’Histoire? Ce siècle qui engendrera les totalitarismes les
plus odieux et dénombrera plus de cent millions de victimes.
Osera-t-on évoquer aussi les grandes manœuvres militaires de l’automne 1913 dans le Toulousain, où les états-
majors français et allemands, entre autres, préparaient la guerre et pouvaient se congratuler confraternellement…
quelques mois avant d’envoyer les peuples dans la boue des tranchées pour se massacrer mutuellement au nom de leur
patrie respective?… Mais quelle « patrie »? Celle de nos patrimoines historiques ou celle des « chevaliers d’industrie »,
des banquiers et des marchands de canons ?

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Origines de 14-18

Via Domitia par Jòrdi Labouysse

« Cette route est excellente l’été, mais en hiver et au printemps,
c’est un bourbier inondé par les débordements des cours d’eau,
qu’on franchit soit par des bacs, soit par des ponts de bois ou de pierre… »

 Strabon

(Géographe grec du 1er siècle avant J-C)

Bien avant les hommes, des chemins de terre furent tracés par les animaux. Au Paléolithique, ce sont les chasseurs qui fixeront les premières pistes à travers les plaines et le long des coteaux.

Les éleveurs du Néolithique dessineront les premières routes de la transhumance. Des voies commerciales seront ouvertes à la Protohistoire pour acheminer l’étain, l’or, l’ivoire du nord-ouest vers les pays méditerranéens et en sens inverse les produits finis.

Les romains sauront utiliser ces premières voies qu’ils élargiront et dont ils feront de véritables chefs-d’œuvres de constructions. Les grandes routes romaines nous sont connues par différents textes littéraires d’auteurs gréco-romains comme Horace, Pline le Jeune, l’historien latin Suétone ou le géographe grec Strabon.

La suite du texte:       http://bondigoux.com/docs/Via_Domitia.pdf

La fin des clans, le début de la normalisation chrétienne…

La mise en place du système féodal, exige l’ordre et la paix, indispensable à sa perpétuation; un prélèvement régulier implique une activité économique stable, il est antinomique des brutalités et razzias qui dérèglent la production et découragent les producteurs. Dans nos régions cet équilibre est atteint vers 1070. Le regroupement du pouvoir s’effectue au profit des seigneurs les plus riches, les plus forts ou les plus chanceux. Les mariages et héritages ont façonné au fil des ans le découpage des fiefs, mais les Comtes de Toulouse ont conservé leur pouvoir de contrôle et d’arbitrage sur ces petits seigneurs…

On commence à trouver de nombreux châteaux de pierres, autour desquels se regroupe l’habitat, qui se rassemble également autour des églises, lieux d’asiles protecteurs en ces temps de contraintes et de violences. Les chateaux de nos régions sont bien plus confortables et bien mieux meublés que ceux du nord. Les fenêtres de ces bâtisses sont souvent fermées par des vitraux verdatres aux formes arondis dits cul de bouteille…

Vers 1020, les Sarrazins tentent à nouveau de débarquer près de Narbonne, ils sont repoussés et on ne les reverra plus…

Mais venons à l’année 1033 qui est officiellement celle de l’anniversaire de la mort de Jésus. 1000 ans déjà… Ces trois dernières années, des conditions atmosphériques anormales et épouvantables semblent se liguer contre les hommes, la famine décime la population, la surpopulation et la culture à outrance ont épuisé la terre. C’est aussi la grande période du millénarisme, que l’on retrouvera autour de l’an 2000 à travers quelques sectes qui prédiront la fin du monde. Les moines prédicateurs expliquent donc, en cette année 1033, la raison des dernières calamités:

« si vous voulez expier vos crimes aux yeux du Seigneur, ne vivez plus comme des bêtes en ignorant le sacrement du mariage. Fondez des familles, quittez vos clans pour vivre seul avec votre femme et vos enfants, ne volez pas, travaillez, payez la dîme….. »

Nous y voilà; payer la dîme, c’est le seul moyen de vivre pour l’église, car elle a peu à peu abandonné les travaux artisanaux et les champs pour devenir contemplative. A cette époque elle évangélise encore des régions « sauvages » et augmente ainsi le nombre de ses fidèles et surtout celui de ses pourvoyeurs de fond. Dans ce prêche on découvre aussi que des communautés d’hommes existent encore en dehors des règles chrétiennes, elles vivent dans une seule et grande habitation quelques fois deux, les femmes ont des enfants sans père bien défini, cela peut être un enfant d’un frère, d’un cousin, de leur propre père, la vie est plus proche de celle d’une tribu préhistorique que d’une famille bien structurée comme le souhaite la morale chrétienne. On retrouve ici des traces de coutumes franques et même gauloises, où la place de la femme est secondaire, où les relations sexuelles sont libres et sans tabous… On peut aussi imaginer que l’on a peut-être à faire à des barbares arrivés depuis deux ou trois siècles et qui ont vécu seuls, loin de la « civilisation ». Les populations pauvres et peu évoluées sont encore nombreuses au 11ème siècle et il est vrai que la christianisation du royaume Franc ne fut totale que vers la fin du 12ème siècle… Et encore, il fallut bien plus de temps pour faire évoluer les mentalités et mettre un terme à des pratiques rituelles ou à des modes de vie condamnées par l’Eglise.

Dans la panique de cette fin du monde annoncée, et des premières disettes, beaucoup de clans existants éclatent donc et des villages nouveaux sous la protection de l’église se créaient. Les sauvetés évoquées plus haut en sont un exemple, au delà de la protection physique qu’elles garantissent, elles font rentrer dans la normalité de l’époque des populations nouvelles et permettent ainsi un enrichissement général. De nouvelles terres sont défrichées, la population croit, l’essor économique est réel…

Au niveau des mentalités, il y aurait beaucoup à dire sur la foi et la pratique religieuse de nos ancêtres. Pour écarter les superstitions et les anciennes croyances pour asseoir le catholicisme, l’Eglise a commencé par intégrer et rhabiller en saints d’anciennes divinités païennes tout en y ajoutant tous les nouveaux saints. Le pays était truffé de reliquaires, de tombeaux sacrés et regorgeait de traditions miraculeuses.

Centre de toute vie intellectuelle, l’Eglise était la valeur universelle tout en étant pleinement intégrée au monde féodal. Cette époque est aussi, celle du rayonnement architectural pour l’Eglise, une soixantaine de cathédrales et plusieurs centaines d’églises sont élevées en même temps. Ce siècle est aussi celui d’un retour au calme, les incursions des barbares cessent, des inventions nouvelles comme celles du moulin à eau, du collier de trait donnent une impulsion réelle à la société rurale. Les villes reprennent une figure urbaine, les échanges commerciaux s’amplifient.

Mais ce siècle marque également le début d’un assainissement de la vie cultuelle dans toute l’Europe chrétienne, ou plutôt une normalisation imposée par les seuls intellectuels d’alors, les clercs… C’est aussi la période des défrichements ; on peut supposer qu’en ce début de second millénaire chrétien, des hommes libres sont allés défricher et assainir la région située à deux kilomètres à l’est de Salvagnac, le long du Tescou, on appellera ce lieu Darmissart, qui vient de lande pour darme et défrichée pour issart, avant de devenir une paroisse  vers 1560: St Gérard d’Armissart aujourd’hui. Terre des ancêtres des Roux Bondigounais depuis la nuit des temps…

La condition paysanne au tournant du 1er millénaire

Dans la première partie du moyen-âge, du 7ème au 10ème siècle, grâce au réchauffement climatique de l’Europe en général, on constate une croissance de la production agricole accompagnée d’un essor limité, mais certain, des échanges et de la circulation monétaire. Un tel mouvement contrarie, à long terme, le maintien des hiérarchies sociales traditionnelles car les deux tiers des paysans sont libres et échappent de plus en plus à l’autorité seigneuriale. Ceci étant, on rencontre encore beaucoup de serfs au début de notre millénaire, ainsi au 10ème siècle, les scribes chargés de coucher les actes de vente de terres ne mentionnent pas les populations parce qu’elles sont attachées par destination à une terre et vendues avec elle, leur statut demeure celui des colons antiques du Bas Empire. Les serfs sont « les hommes naturels » du domaine où ils sont nés, soumis aux ordres du propriétaire qui fixe les services qu’ils doivent, ils sont corvéables à plaisirs. On trouve tel monastère, qui ayant « vendu » un forgeron et sa famille en 1061 à Guillaume d’Ox à Lézat, stipulait qu’à la mort de celui-ci, l’homme et ses enfants reviendront au monastère…

Les serfs, du latin servus qui veut dire esclave, seront jusqu’au 12ème siècle la propriété d’un maître, qui pouvait être un noble, un dignitaire ecclésiastique ou une institution religieuse comme un monastère. Puisque leur domicile et leur travail étaient légalement attachés à la terre, les serfs étaient compris dans tout transfert de propriété terrienne. Le seigneur, en échange, était obligé de protéger ses serfs contre le pillage des brigands ou d’autres seigneurs, et leur devait une assistance alimentaire. Ils cultivaient et moissonnaient la terre du seigneur mais en contrepartie, ils étaient autorisés à travailler une partie de la terre pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille, et devaient effectuer des versements en nature et en espèces au seigneur sur leurs propres revenus. Ils ne pouvaient se marier sans autorisation et un paiement était nécessaire pour obtenir la permission de marier leurs filles en dehors de la seigneurie, c’était le formariage. Leurs biens ne leur appartiennent pas, leur condition est héréditaire, ils doivent s’acquitter de droits de succession, ou mainmorte, de droits d’usage des moulins à farine et des fours à pain du seigneur et pour divers autres services comme le transport par charrette. Bien que descendant de l’esclave domestique de l’époque romaine, le servage différait de l’esclavage : les serfs possédaient certains droits légaux et protections, et ne pouvaient en principe être vendus en dehors de leur terre. Leur sort était meilleur que celui des esclaves qui tendaient à disparaître. L’attachement du serf à sa terre le stimulait tout de même puisque son « revenu » était fonction de son travail et il se trouvera des serfs plus aisés que certains petits propriétaires.

 

Mais les droits du maître sont considérables à cette époque, le droit de cuissage est celui qui est toujours cité, mais il y en a de plus définitifs comme le droit de mise à mort par exemple. Pour ce qui est du droit de cuissage, sachez que tout d’abord les mœurs de l’époque étaient plus libres que maintenant et que les nouvelles mariées arrivaient très rarement pures au mariage, l’inceste était courant et peu condamné, frères et sœurs, pères et filles, mères et fils, cousins et cousines, nièces et oncles, neveux et tantes se mélangeaient facilement et copulaient allègrement. D’autre part, en dehors de la famille, il était courant pour des adolescents d’avoir des relations sexuelles, alors passer dans le lit du maître était presque un aléa plutôt bien accepté. De plus tous les maîtres ne devaient pas abuser de leurs serves et toutes les serves ne devaient pas être abusées… Par contre lorsque l’Eglise arrivera à interdire l’inceste et à sacraliser la virginité des jeunes filles, le droit de cuissage deviendra intolérable et sera combattu vivement par les paysans.

 

Des moines rachèteront deux cents sous un homme et une femme à un seigneur qui menaçait de les pendre, ce qui prouve une fois encore que l’Eglise intervient dans la vie sociale et qu’elle tente d’inculquer une certaine morale à cette société médiévale dure et autoritaire… La dureté de certains maîtres provoquait des « évasions » de serfs ou d’esclaves, à pure perte bien souvent, mais pas toujours. Les esclaves, qui se sauvaient de chez leur maître bien que soumis au droit de forfuyance, permettant à leur maître de les faire rechercher dans tout le royaume, et qui trouvaient refuge dans des villes libres ayant une charte telle que celle de Donezan, Pamiers, Toulouse, étaient protégés. Et malgré les procès intentés par les anciens maîtres, la ville avait toujours gain de cause… Un procès sera intenté en 1203 à un homme, Pierre de Verfeil, fabriquant d’outres à Toulouse durant la mauvaise saison et pendant l’été agriculteur à Verfeil, où il était tenu pour serf… On trouvera encore un acte en 1209 dans lequel le conseil des chevaliers de la ville de Lautrec affranchit un serf….

 

 

Louis II, roi capétien du royaume franc reconnaît la nécessité d’adoucir la dureté de la domination exercée sur les serfs, on a retrouvé une charte de 1152 relative à l’affranchissement d’un serf:

 

« Un décret de la divine bonté a voulu que tous les hommes ayant la même origine fussent doués
dès leur apparition d’une sorte de liberté naturelle. Mais la Providence a permis
aussi que certains d’entre eux aient perdu, par leur propre faute, leur première dignité
et soient tombés dans la condition servile.
C’est à notre Majesté Royale qu’il est donné de les élever de  nouveau à la liberté. »

 

Libérer des serfs consistait en fait à les libérer de la mainmorte et du formariage, et à les rendre tenanciers des terres qu’ils cultivaient, mais les seigneurs ou rois ne libéraient pas les serfs par pure philanthropie: chaque serf devait racheter sa liberté… Et il ne faut surtout pas croire que les serfs y trouvaient toujours leur compte en ces temps si durs. Ainsi en 1174, l’appui du roi Louis VII avait permis aux serfs du Laonnais de s’organiser en une commune fédérative de dix-sept villages. Ceci s’était réalisé contre la volonté du clergé local à qui appartenait une partie de ces villages. Le roi leur avait donné une charte communale, toute semblable à celle qui régissait les bourgeois de Laon. L’évêque de Laon, Roger de Rozoi, aidé par les seigneurs de la région, prit sa revanche trois ans après: il cerna les anciens serfs près de la localité de Comporté, et fit une effroyable boucherie.

Quand Philippe Auguste devint roi, en 1180, les malheureux paysans étaient retombés sous le joug de leur évêque. En 1185, les rigueurs et les exactions devinrent à ce point intolérables qu’ils décidèrent de porter leurs réclamations au Roi. Philippe Auguste qui avait à se plaindre de l’évêque de Laon, se fit médiateur; il fixa le chiffre des tailles que l’évêque était autorisé à percevoir sur ses sujets et le taux de redevances auxquelles les serfs étaient assujettis envers deux officiers de l’évêque, le vidame et le prévôt. De plus il institua deux échevins, pris parmi eux, chargés de répartir les tailles et de juger tous les différents qui pourraient s’élever entre eux et l’évêque. Les villageois demandaient davantage: la commune. Le roi la leur rendit. Mais en 1190, partant pour les croisades et désireux de plaire au clergé, il la supprima. Mais la ténacité des paysans qui voulaient s’affranchir égalait au moins celle du clergé qui entendait rester le maître. Au début du 13ème siècle, les dix-sept villages, toujours cruellement opprimés, firent une tentative d’émigration en masse sur la terre du seigneur voisin. Elle ne réussit pas, le seigneur ne souhaitant pas entrer en conflit avec l’évêque, fit revenir de force les serfs dans les villages d’origines. Deux ans après, en 1206, les serfs tirèrent parti d’une brouille survenue entre l’évêque et le chapitre de Laon. Ils trouvèrent le moyen de se faire protéger par les chanoines. Un procès eut lieu entre les deux parties et les juges rendirent un arrêt qui était un désastre pour l’évêque. Ils donnèrent raison aux serfs et remettaient les choses en l’état où elles étaient en 1185.

Il existait partout ce genre de situation et l’affranchissement de tous les serfs ne se fit pas sans résistances, les seigneurs et le clergé ayant trop à perdre dans cette évolution… Les pays du nord seront les derniers à affranchir leurs serfs.

Au fil du temps, les paysans libres, en se pliant aux obligations des seigneurs locaux se rapprocheront des conditions de vie des serfs qui eux deviendront plus autonomes, et à terme une seule classe persistera, libre mais pauvre le plus souvent…
Les vilains étaient nommés ainsi depuis l’époque romaine, ils étaient d’anciens esclaves affranchis à qui on concédait un lopin de terre dans une villa. Le vilain contrairement au serf est corvéable à bone, qui veut dire borne dans le sens de fixe alors que le serf l’est à merci ou à plaisirs. D’ailleurs le mot bone a donné: abonné, que nous connaissons tous.

Dans certaines régions du royaume des serfs existeront encore lors de la révolution de 1789…

 

Les vilains tenaient des manses ou mas, ce sont des tenures, c’est à dire des terres concédées contre des redevances à la fois en argent, en nature, de la volaille bien souvent, et en services avec des corvées de tous genres.
L’appauvrissement des seigneurs au cours des deux siècles qui viennent permettra à certains paysans libres de racheter leurs terres comme le feront les bourgeois et les commerçants plus tard. Ces vilains du sud étaient souvent aisés et on dit que le plus riche des paysans du nord avait une condition d’esclave en comparaison…

 

Les puissants utilisent, en ce début du deuxième millénaire, leur situation dominante pour détourner vers eux une part considérable des fruits de l’expansion en imposant aux paysans libres des prélèvements systématiques: ce sont les redevances seigneuriales ou banales. Tout commence par des violences et des rapines dont la finalité est d’asseoir un paiement régulier, institutionnalisé, accepté par les assujettis, selon la technique du racket.
Bien des paysans entrent sans doute volontairement dans la dépendance d’un seigneur pour s’assurer sa protection et se garantir de la brutalité des autres. Ces vastes territoires se révèlent mal adaptés pour assurer la régularité des prélèvements seigneuriaux, lesquels supposent un contrôle étroit des sujets, dont la défense oblige aussi une protection rapprochée ; ainsi naquit la féodalité…

L’organisation de l’ancienne Gaule se construit

Les Vikings, appelés par Pépin II, roi d’Aquitaine, pour terroriser la région Toulousaine sillonnent la région en 864, en remontant les cours d’eau. Toulouse se replie à nouveau sur elle-même dans son enceinte trop grande et tombant en ruine, elle résistera malgré tout aux assauts répétés des Vikings… Mais ces derniers iront se venger sur le reste du pays qu’ils dévasteront et pilleront, remontant les rivières, allant même mettre le feu à l’abbaye de Sorèze qui ne s’en relèvera pas.

Bondigoux, proche du Tarn navigable, a du subir les ravages de ces hordes du nord.
Vers 918 les Hongres sont battus dans notre région par les troupes du comte de Toulouse, Raymond II, et cette même année, les Vikings seront à nouveau repoussés.

En 924, Raymond III, comte de Toulouse, remporte une nouvelle victoire contre les Hongres qui sont repoussés définitivement à l’extérieur des terres du Languedoc. Les Hongres seront battus par Otton le Grand en 955, roi Germanique, descendant de Charlemagne, qui deviendra Empereur plus tard. Il les refoule jusqu’à une région reculée de l’Est de l’Europe qui deviendra la Hongrie…

En 932, le comte de Toulouse reçoit les duchés d’Aquitaine et d’Auvergne ainsi que le marquisat de Gothie, anciennement nommé Septimanie, il exerce d’autre part sa suzeraineté sur les comtés de Carcassonne, d’Albigeois, de Rouergue et de Quercy, établissant en fait son autorité sur un vaste territoire qui deviendra plus tard le Languedoc et jetant les bases du futur « Etat Toulousain ».

 

La papauté, dès cette époque, renforce son autorité sur les princes et le peuple, elle est la seule autorité morale du royaume et, dans le royaume Franc, les Carolingiens au pouvoir utilisent toute leur énergie à agrandir leur domaine qui immanquablement est partagé à chaque succession. A cette époque encore, les domaines royaux sont la seule propriété du Roi qui peut en jouir comme bon lui semble et c’est peu à peu seulement qu’un sentiment national se développe. Il faudra attendre Hugues Capet, élu Roi en 987 et premier de la lignée des Capétiens, pour voir s’instaurer le droit d’aînesse qui rendra plus facile la transmission et la conservation du patrimoine familial des Rois, les responsabilisant sur la notion de pérennité d’un Etat Franc.

 

Les guerres privées pourrissent la vie des paysans. Les seigneurs voisins se font la guerre pour des broutilles, ils transforment en désert les terres de leurs rivaux. On tue les gens, les troupeaux, on brûle les villages… C’est à cette époque que sont créés par l’Eglise, au nom de « La Paix de Dieu », les sauvetés, qui sont à la fois des villages et des territoires placés sous leur protection et qui ont le même statut protecteur des faibles, où toute violence est interdite, que les cimetières, les croix plantées au croisement de deux chemins et les églises, neutralisant ainsi les seigneurs locaux avides de pouvoir et de richesses. Ces sauvetés seront des refuges pour les populations persécutées. C’est dans notre région que cette conception s’installera le mieux. Il faut dire qu’en 990, Gui, évêque du Puy, donnera une certaine impulsion à ce mouvement. Il réunit nombre d’évêques régionaux ainsi que des seigneurs et châtelains. Avec minutie, ce Concile énumère les actes interdits à l’égard des paysans, auxquels il ajouta les marchands. On y trouvait le vol, les saisies sur gage, les réquisitions, « que personne ne soit contraint à bâtir ou assiéger un château ! » etc… Peu après, l’évêque convoqua tous les chevaliers de son diocèse, les fit entourer par sa propre armée épiscopale, et leur soutira la confirmation par serment de ces résolutions, et la restitution des biens injustement détenus. D’autres conciles reprirent ces décisions, et imposèrent des serments de paix. On introduit alors l’idée de la trêve de Dieu : il était interdit

« à tout habitant d’assaillir son ennemi depuis la neuvième heure du samedi jusqu’à la première heure du lundi…
ceci afin que tout homme puisse rendre à Dieu ce qu’il lui doit pendant la journée dominicale »

Le pouvoir de l’Eglise est tel que personne n’ose s’attaquer aux populations placées sous sa protection et même un brigand poursuivi par un seigneur et qui a la chance de rencontrer une croix et de la toucher se trouve sous sa protection et ne peut être pris. – Il serait intéressant de savoir combien de temps on pouvait tenir avec une main sur la croix, avec les gardes du seigneur à deux mètres de soi -. Ces sauvetés sont créées parfois près des châteaux, mais il ne faut pas les confondre avec les castelnaux, qui eux, à la même époque, sont sous la protection des seigneurs locaux.

Au cours du 12ème siècle, quand le pouvoir spirituel de l’église ne suffit plus, les sauvetés cessent d’être des territoires pour devenir des villages fortifiés. A terme, au 13ème siècle, les castelnaux engloberont les sauvetés. De ces sauvetés, il nous reste des noms de villes, Sauveterre, La Salvetat, etc…

Alors se fixent pour une bonne part, les villages actuels. L’Eglise prend en main la vie sociale des roturiers et c’est à cette date, certainement, que des noms sont attribués officiellement aux nouveaux arrivants pour les différencier les uns des autres. Ces noms ou surnoms qu’ils devaient utiliser entre eux depuis la nuit des temps, aujourd’hui l’autorité ecclésiastique veut les légaliser…

 

 

 

Le début des Comtés

En 814, le fils de Charlemagne, Louis le Pieux prend le titre d’empereur à la mort de son père.
Guillaume d’Orange, le comte guerrier de Toulouse se retire en 816 dans l’abbaye de Gellone fondée par ses soins et qui prendra son nom : St Guilhem-du-désert. Son lieutenant Begon, époux d’une des filles naturelles généreusement engendrées par Charlemagne, lui succède à la tête du comté. Le fils de Louis le Pieux.
Lors de l’hiver 821-822, tous les fleuves d’Europe, en particulier la Seine, l’Elbe et le Danube furent pris par les glaces pendant plus d’un mois. « Les plus grandes rivières de la Gaule et de la Germanie furent tellement glacées que, pendant l’espace de trente jours et davantage, on y passait par dessus à cheval et avec des charrettes ».

Louis le Pieux meurt en 838, Charles le Chauve fils de Louis et de sa seconde épouse, reçoit l’Aquitaine. En 841, nouvelle incursion musulmane qui fait le siège de Narbonne et retourne en Espagne avec un énorme butin saisi dans toute la région. En 843, Charles le Chauve devient roi de la partie Ouest de l’Empire sous le nom de Charles II. En 849, ce même Charles II, après avoir repris Toulouse à Pépin II, fils de Pépin et roi d’Aquitaine, confie la région à Frédelon, qui lui a livré la ville sans combattre en trahissant Pépin II.

Fils de Fulgaud, missus, ou vicomte, en Rouergue et en pays Nîmois, et de dame Sénégonde, Frédelon serait un descendant direct d’un noble Franc du 6ème siècle, il est nommé « Custos Civitatis » qui veut dire « gardien de la cité ». Son père s’était vu attribuer le Quercy et le Rouergue par le roi Louis le Pieux, sa famille comptait un évêque qui était à Orléans. A cette époque, pour obtenir une telle responsabilité, on ne peut que faire partie de la famille royale…

A sa mort en 852, son frère, Raymond 1er qui est comte de Rouergue et de Quercy est nommé comte de Toulouse. Il est à l’origine de la dynastie des « Raymond » qui régnera quatre siècles durant sur le vaste Languedoc et dont la famille actuelle des Toulouse-Lautrec est issue. D’ailleurs, la famille des Toulouse-Lautrec traversera onze siècles d’histoire avec une descendance masculine ininterrompue sur trente trois générations, elle reste une exception en France de par sa continuité.

En 875, Charles II est couronné Empereur, ses deux frères sont morts. Il perd en même temps son fils unique et ses deux petits enfants et en 877 lorsqu’il meurt, l’Empire se dissout.

Au 9ème siècle, les premières chartes apparaissent dans notre région sur l’initiative de seigneurs locaux imitant en cela un siècle après, Charlemagne. Il nous suffit de lire celle de Donezan en pays de Quérigut pour réaliser à quel point la société roturière est déjà bien structurée:

« Dans chaque village, les chefs de familles, réunis sous la présidence du doyen d’âge, nommaient consul celui qui faisait preuve de grandes vertus. Le consul procédait ensuite à la constitution d’un conseil dans son village.
Les différents consuls du pays choisissaient ensuite parmi eux un président qui était l’interlocuteur du seigneur, il prenait la défense des habitants, exposaitleurs besoins, et le seigneur faisait en retour le serment de respecter la souveraineté du pays en jurant sur les Evangiles. En outre les habitants étaient exempts d’impôts, sauf le payement d’une quote-part due annuellement au seigneur. Ils avaient toute liberté de prendre dans les forêts les bois dont ils avaient besoin et de faire paître leurs troupeaux sur l’étendue des montagnes. Le droit d’asile était inscrit aussi parmi leurs privilèges ; dès qu’ils avaient pénétré sur le territoire du Donezan, les déserteurs, homicides, sacrilèges, incendiaires, insurgés, hérétiques et victimes de quelque vengeance, étaient déclarés inviolables. Tout homme valide devait le service à son seigneur ; il était soldat et devait conserver dans sa maison, ses armes toujours prêtes. L’armée que le seigneur pouvait lever ne sortait du territoire que dans les circonstances les plus calamiteuses
. »

 

Le commerce recommence à se développer bien qu’il n’ait jamais complètement cessé d’exister, malgré les diverses invasions barbares, et l’on voit des marchands, surtout Juifs, sillonner tout l’ancien Empire romain et qui vont même jusqu’en Chine. Ces marchands d’un genre un peu particulier sont, en outre, des pourvoyeurs d’esclaves qui viennent des pays slaves et qu’ils exportent via l’Espagne vers les pays musulmans, qui à cette époque dominent une très grande partie de la partie sud de l’ancien Empire romain. Le commerce local a, lui aussi, toujours existé et les échanges sont très actifs, des marchés se développent partout. On remarque qu’à une demi-journée de marche de tout village, il se trouve un marché afin que les paysans puissent dans la journée faire l’aller et le retour. La preuve d’un dynamisme renaissant. L’Eglise, au concile d’Anse en 994, se souciera d’interdire aux fidèles d’acheter ou de vendre le dimanche, « sinon ce qui doit être mangé dans la journée ».

Faute d’argent, les fonctionnaires royaux étaient payés en terres. Ils devinrent ainsi les plus riches hommes des contrées qu’ils administrent, après les dignitaires ecclésiastiques…

A la fin du 9ème siècle, les titres donnés par le roi des Francs, à titre précaire, deviennent héréditaires… Avant ça le fief « tombait » à la mort du seigneur avant d’être relevé par un proche du roi qui semblait capable et fidèle. En 877, par le capitulaire de Quierzy, il sera établi que le fief du père passera au fils s’il en est digne. C’est le comte de Toulouse Bernard II, fils de Raymond 1er qui fera inclure dans l’énoncé de ses titres, la mention « par la grâce de Dieu », qui confirme le caractère irrévocable et héréditaire de la possession et de la fonction… Le droit féodal est né en Languedoc par cette valeur « d’irrévocabilité »… Il se mettra en place progressivement en deux siècles.